Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

03/09/2004

Derrida, encore un effort

Derrida s'améliore un peu. Son interview paru dans Le Monde du 18 août 2004 "Je suis en guerre contre moi-même"  constitue une petite surprise. "[...] la responsabilité aujourd'hui est urgente : elle appelle une guerre inflexible à la doxa, à ceux qu'on appelle désormais les "intellectuels médiatiques", à ce discours général formaté par les pouvoirs médiatiques, eux-mêmes entre les mains de lobbies politico-économiques, souvent éditoriaux et académiques aussi."

Derrida semble avoir compris l'importance de la doxa. Mais quelle est cette doxa ? La simple déploration ne saurait suffire. D'ailleurs il ne semble pas très inquiété par cette doxa. Il  est souvent de toutes les pétitions comme le dernier Appel contre la guerre à l'intelligence lancée par les inrocks. Ce qui lui a permis de faire la une de ce mag où dans un entretien du numéro du 31 mars 2004 , à  la question : Pourquoi avoir gardé le silence ?, il répondait « Je votais toujours à gauche, bien sûr, je marquais dans mes textes assez clairement quelles étaient mes préférences. Je ne voulais pas paraître de droite. Je n'étais pas de droite. C'est donc un silence que je n'ai rompu explicitement que très tard, c'est-à-dire après la chute du communisme, quand j'ai écrit Spectres de Marx. A la fin des années 70, au début des années 80, tout en ayant un jugement négatif sur une certaine théâtralisation de ces intellectuels, ceux qu'on appelle aujourd'hui les "intellectuels médiatiques", je ne pouvais pas non plus les condamner. »


La phrase-clef est celle-ci : "Je ne voulais pas paraître de droite."
Un véritable intellectuel devrait être libre de ces mouvements. Il peut même défendre des idées de droite si elles paraissent justes et vice-versa.

Dans ce même entretien, il poursuivait : « Je pourrais faire l'histoire de mes silences obligés. Il y a eu des moments où, bien que "de gauche", comme on dit et comme je l'ai toujours été, je ne pouvais ni souscrire à la politique marxiste officielle du parti communiste, au marxisme donc, ni même à l'althussérisme, mais je ne voulais pas non plus, à tort ou à raison, m'y opposer publiquement, me faire l'allié "objectif" d'un anticommunisme à mes yeux tout aussi suspect, dans une situation donnée. Donc je l'ai fermé pendant très longtemps. Mais certains savaient interpréter mes silences à travers ce que je publiais. »

Il ne veut surtout pas être suspect, se démarquer. Cela me rappelle Lindenberg qui a voulu mettre en garde tout esprit indépendant qui ose s'élever contre ce nouveau discours ambiant : ce nouveau moralisme avec son livre Le Rappel à l'ordre.

Commentaires

Plusieurs textes contre Derrida dans la Zone, dont celui-ci :

http://www.hautetfort.com/stalker/billets/8614/" target="_blank" title="Ouverture dans une nouvelle fenêtre">http://www.hautetfort.com/stalker/billets/8614/ />
Amicalement

Écrit par : Stalker | 03/09/2004

Et aussi"Je viens de dire "laïcité". Permettez-moi ici une longue parenthèse. Elle ne concerne pas le voile à l'école mais le voile du "mariage". J'ai soutenu de ma signature sans hésiter l'initiative bienvenue et courageuse de Noël Mamère, même si le mariage entre homosexuels constitue un exemple de cette belle tradition que les Américains ont inaugurée au siècle dernier sous le nom de "civil disobedience": non pas défi à la Loi, mais désobéissance à une disposition législative au nom d'une loi meilleure - à venir ou déjà inscrite dans l'esprit ou la lettre de la Constitution. Eh bien, j'ai "signé" dans ce contexte législatif actuel parce qu'il me paraît injuste - pour les droits des homosexuels -, hypocrite et équivoque dans son esprit et dans sa lettre.



Si j'étais législateur, je proposerais tout simplement la disparition du mot et du concept de "mariage" dans un code civil et laïque. Le "mariage", valeur religieuse, sacrale, hétérosexuelle - avec vœu de procréation, de fidélité éternelle, etc. -, c'est une concession de l'Etat laïque à l'Eglise chrétienne - en particulier dans son monogamisme qui n'est ni juif (il ne fut imposé aux juifs par les Européens qu'au siècle dernier et ne constituait pas une obligation il y a quelques générations au Maghreb juif) ni, cela on le sait bien, musulman. En supprimant le mot et le concept de "mariage", cette équivoque ou cette hypocrisie religieuse et sacrale, qui n'a aucune place dans une constitution laïque, on les remplacerait par une "union civile" contractuelle, une sorte de pacs généralisé, amélioré, raffiné, souple et ajusté entre des partenaires de sexe ou de nombre non imposé."



tou ceci a une explication; d'après Délits d'initiés de Guy Birembaum, Lionel jospin élève avec sa femme Sylviane l'enfant (Daniel) que celle-ci a eu avec Jacques Derrida et dont le philosophe se désinteresse. On comprends mieux...



Écrit par : | 05/09/2004

Pour revenir sur Derrida , voici un extrait d'une interview parue dans Ironie http://ironie.free.fr/iro_89.html" target="_blank" title="Ouverture dans une nouvelle fenêtre">http://ironie.free.fr/iro_89.html />


M.B.K. : Je suis étonné que dans cet entretien je ne me sois pas encore défoulé sur Derrida. Bizarrement, c'est comme si ce truc que je sentais avant de venir et qu'on en parle, cette envie était dépassée. (Brouhaha). J'ai beaucoup lu Derrida. Pour moi, il y a un effet soufflé. Comment résumer ma critique ? Là, je le fais froidement, sans passions. C'est un peu compliqué parce que le lire m'a aidé à écrire Esthétique du chaos, par exemple. Il était assez enthousiaste. Pour Society, il ne m'a pas donné de nouvelles. Ça n'a pas dû lui plaire que je le compare à Rocco Sifredi, alors que pour moi ce n'était pas une critique, c'était une manière de rigoler, mais on m'avait dit qu'il n'a pas d'humour. Tout ça se passe dans l'inconscient. C'est vrai qu'il y avait un paradoxe. Derrida est contre l'événement : « Je ne crois pas qu'il y ait des événements, l'événement c'est le mal ». En même temps, il me dit : « Vous prouvez qu'il y a encore des événements ! ». Si tu dis : “Le World Trade Center, ce n'est pas un événement”, bon très bien, mais il n'y a pas de discussion, il n'y a rien. Et ce que je reproche à Derrida, et ce qui le rapproche du sophisme, c'est que ce sont des gens qui arrivent avec des idées préconçues. Socrate acceptait d'être réfuté. Le sophiste, lui, a un discours pré-conçu, et ce qui s'est dégonflé dans l'effet soufflet-Derrida, c'est qu'on est en plein dans le Discours de l'Université, au sens lacanien, dans toute sa complexité. Derrida est un grand lecteur, mais pas de tous les auteurs. J'ai discuté avec un jeune derridien pas loin d'ici et c'est le réflexe des derridiens. Tu essayes de leur expliquer qu'Althusser a vraiment compris quelque chose à Marx, et tout de suite, ils te répondent que c'est du dogmatisme. C'est le réflexe de la sociale-démocratie. Tout le monde a son mot à dire sur tout, il ne faut pas être dogmatique. Certaines personnes affirment que Spectres de Marx est un très bon livre, alors que c'est un livre nul. C'est nul, il n'y a rien. Et il y a plein de livres de Derrida où c'est comme ça. C'est toujours le même truc. C'est un très bon lecteur de Husserl, de Heidegger. Il n'y aurait pas eu Derrida sans Heidegger, Lévinas et Blanchot. Mais quand il parle de Foucault, c'est nul. Quand il parle de Freud, de Nietzsche, c'est nul. On est dans la pure esbroufe universitaire, l'esbroufe déconstructionniste.

R.B. : Tu affirmes, toujours dans Événement et répétition, que Derrida a passé son temps à déconstruire, faute d'avoir été capable de construire quoi que ce soit.

M.B.K. : Derrida, c'est un très bon lecteur, mais il n'est que ça. Il n'y a pas de création de concepts au sens deleuzien. Heidegger est un immense philosophe qui a inventé un dispositif que Derrida a repris tel quel. Deleuze et Badiou, ce sont des créateurs. Lacan, n'en parlons pas. Derrida, c'est toujours le même truc. On va déconstruire. On ventouse les autres philosophes, on les commente à l'infini et on se retrouve avec 50 000 pages supposées faire œuvre. Ça, c'est très important, parce que c'est le cœur de ma critique, et elle est juste. Le côté soufflé qui se dégonfle, c'est que derrière, c'est toujours la même méthode de lecture, la philosophie crée des topologies, des oppositions, présence/absence, vie/mort, homme/femme, et finalement la vie est beaucoup plus fluide, tout passe dans tout, mais ce n'est pas de la philosophie, ce n'est pas Hegel, c'est autre chose. Si je voulais vraiment être méchant, à nouveau, je dirais qu'il a un côté VRP, démarcheur. C'est du porte-à-porte, et à chaque fois : « la différence ». L'esbroufe, c'est que c'est un immense lecteur, mais qu'il n'est que ça.

Écrit par : Trochet Fabrice | 06/09/2004

Les commentaires sont fermés.