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21/11/2004

Sarinagara, Philippe Forest

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Voilà un livre qui avait tout pour me plaire : le portrait de trois artistes japonais. Dans ce roman, Philippe Forest raconte l’histoire de trois vies : celles de Kobayashi Issa poète du début du XIXème, de Natsume Sôseki , inventeur du roman moderne japonais, et de Yamahata Yosuke, le premier à photographier les victimes de Nagasaki. Je ne connaissais pas Kobayashi Issa, un des derniers grands maîtres du haïku ni d’ailleurs Yamahata Yosuke, le premier photographe à avoir témoigné des dégâts de la bombe atomique. Tous ces artistes ont en commun la perte d'un enfant tout comme Philippe Forest. Le titre de ce livre provient du dernier mot d’un des poèmes les plus célèbres de littérature japonaise : sarinagara qui signifie cependant.

Je me suis intéressé à Natsume Sôseki, un auteur que je connais un peu pour avoir lu quelques-uns de ces ouvrages. Sôseki est un des plus grands et surtout un des plus populaires écrivains japonais. Il figure même sur le billet de 1000 Yens ou plutôt il figurait car depuis ce premier novembre il est remplacé par le bactériologiste Noguchi Hideyo.
Sôseki est appelé par son prénom. L’auteur explique que « la coutume réserve aux seuls maîtres le privilège d’être appelé par son prénom ». C’est vrai mais ce n’est pas uniquement cela car on n’appelle pas tous les grands maîtres par leurs prénoms. Cela dépend de la sonorité, du prénom aussi et de tas d’autres choses. Sôseki a vraiment un prénom particulier. Il a beaucoup décrit le quotidien de la vie japonaise toujours d’actualité. C’est ce qui le rend familier aussi bien parmi les milieux populaires que parmi les milieux intellectuels et c’est pour cela qu’on utilise son prénom. Ainsi Kitano Takeshi est appelé par son prénom Takeshi car lui aussi est un personnage familier.
Sôseki aurait écrit que « les textes japonais se lisent de bas en haut en commençant par la droite, on lit les livres occidentaux de gauche à droite, horizontalement. » Cela m’étonnerait qu’il ait écrit cela car si le japonais se lit bien en commençant par la droite, il ne se lit pas de bas en haut ; bien sûr le japonais se lit verticalement mais de haut en bas. Il aurait pu ajouter que l’on commence à lire un livre par la dernière page pour un occidental (La première page pour un japonais).
Philippe Forest essaye d’expliquer la langue japonaise qu’il ne maîtrise pas : photographie ne se dit pas sashin comme il le prétend mais shashin. Et toutes ces fautes comme Kunamoto au lieu de Kumamoto, ville où Soseki a enseigné. Je ne vais pas faire la liste de toutes les erreurs de ce livre mais c’est assez exaspérant de la part d’un professeur.
Bien sûr il a raison de souligner qu’il « ne connaît personne en France pour qui Tôkyô ne soit synonyme d’enfer. Les gens vous diront : la pollution, les masques posés sur le nez et la bouche, les embouteillages les trains et les métros bondés, les employés chargés de pousser les voyageurs dans les wagons pour permettre la fermeture automatique des portes. Et encore : la pègre contrôlant la ville, le crime et la prostitution, la foule lobotomisée, la fourmilière des grandes compagnies la servitude volontaire du travail salarié, l’esclavage consumériste, la misère grossissant dans les coulisses de la société-spectacle. Tout cela existe sans doute mais je ne connais aucun voyageur de bonne foi qui l'ait vu En revanche, essayez de dire : le luxe dune société polissée, l’ éducation généralisée, la curiosité à l'égard du monde. Ou encore : le bonheur vrai de se retrouver libre à marcher la nuit dans les quartiers de Shinjuku et de Shibuya. II ne se trouvera personne pour vous croire où que vous viviez dans la pauvre petite province française. » Concernant la misère, j’ai pu voir de nombreux clochards (homeless en japonais) tout au long des rives de la Sumida.
L’auteur m’a fait sourire lorsqu’il souligne « qu’on se trompe toujours sur le Japon, non pas parce qu’il y aurait –comme le prétendent les faux experts (...)- un secret à élucider mais précisément parce qu’un tel secret n’existe pas ». Il en rajoute « Là-bas, c’est comme ailleurs et partout, c’est pareil.» A la lecture de ce roman on sent pourtant qu’il n’a pas approché l’âme japonaise.

Ce qui m’a le plus interessé dans ce livre c’est l’histoire de Yamahata Yosuke celui qui fut le premier à photographier les victimes et les ruines de Nagasaki.Hélas ce livre s’apparente plus à un cours de littérature, l’écriture n’a rien de romanesque ; pourtant ce livre a reçu le prix Décembre, qui entend souligner son engagement "pour la vraie littérature d'aujourd'hui". Son jury comprend Frédéric Beigbeder, Pierre Bergé, Michel Crépu, Jérôme Garcin, Patricia Martin, Dominique Noguez, Philippe Sollers et Arnaud Viviant (président).
Lorsque l’on voit que la plupart des membres de ce jury (Pierre Bergé, Jérôme Garcin, Dominique Noguez, Philippe Sollers et Arnaud Viviant) publient leurs romans chez Gallimard, on comprend tout.

Sarinagara, Philippe Forest, éd Gallimard

Article paru dans Tant Pis Pour Vous N°5

10:10 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

Sarina gara son camion en double file et fit chier toute la rue. C'est vrai que Forest jouit d'une aide, notamment sollersienne, peu en rapport avec sa platitude littéraire. Certes tout le monde à le droit d'écrire sur le Japon après quelques jours de passage mais je préfère les moins pédagogiques (Bouvier, Toussaint, Ferrier).
Pour ce qui est des fautes, elles sont inexcusables ! Forest a largement assez de relations pour faire relire son manuscrit. Ce qui signifie que l'on s'est pressé pour le sortir, ou qu'on s'en foutait... Bref : inexcusable.

Écrit par : Berlol | 21/11/2004

Merci pour ce commentaire qui confirme ce que je pense. Je croyais être le seul vu le nombre important de critiques favorables, à part Polac qui me semble être un très bon critique littéraire.

Écrit par : Fabrice Trochet | 22/11/2004

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