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14/09/2005

Inédits de Houellebecq

 

Lorsque je consulte les différents liens de mes blogs favoris je suis toujours étonné de voir que tous mettent un lien avec  l’association des amis de Michel Houellebecq http://www.houellebecq.info/  qui se présente comme le site officiel de Michel Houellebecq mais jamais avec le site de l’auteur http://www.michelhouellebecq.com où on y trouve des inédits et son journal.

Michel Houellebecq y parle de «  la biographie, qui doit sortir dans quelques jours, et qui m’a été consacrée par le journaliste Demonpion. (...)Lorsque l’individu m’a pour la première fois informé de son projet, j’ai d’abord eu l’idée d’écrire une brève autobiographie, de mon côté, quelque chose qui réglerait rapidement la question ; mais je n’avais pas du tout terminé “La possibilité d’une île” à l’époque, j’ai mis le dossier de côté.Mon roman une fois terminé j’y ai repensé, vaguement, et je me suis vite rendu compte que l’exercice serait assez fastidieux. C’est alors qu’une idée m’est venue, que je continue à trouver éblouissante. Je laisserais Demorpion écrire sa biographie, enquêter, etc., puis il me remettrait son manuscrit terminé. Je le lirais, puis j’y rajouterais des notes de bas de page. Je n’interviendrais en aucune manière sur le texte de l’auteur, mais lui-même s’engageait à un respect total pour mes notes. On obtiendrait au final un objet curieux, ne ressemblant à mon avis à rien de ce qui a pu être fait dans ce domaine.

Le projet lui a d’abord été soumis par l’intermédiaire de Raphaël Sorin ; il a demandé à y réfléchir. J’ai alors envoyé un e-mail à Demorpion pour mieux lui expliquer mon idée ; comme il souhaitait absolument me rencontrer, je lui a indiqué que son acceptation était le préalable à une rencontre, et la seule chose à mon avis qui puisse lui donner un sens. Après réflexion, il a refusé ; je trouve que c’est dommage. Mon rapport aux notes de bas de page est assez paradoxal : le plus souvent elles m’exaspèrent, je trouve insupportable de couper sans arrêt la parole à l’auteur ; mais, parfois, je les dévore avec délectation. J’ai jusqu’à présent très peu trouvé à les employer dans mes propres livres, alors que j’ai tout de suite, et très facilement, su manier les épigraphes ; mais, à chaque fois que je l’ai fait, ça a été une grande réussite - déjà, celle dans mon essai sur Lovecraft produit un effet réellement spécial. J’aurais bien aimé essayer sur une plus grande échelle, et ma propre vie me paraissait un matériau idéal.

 

Par la suite, je me suis désintéressé du projet de Demorpion; il n’est pas du tout vrai que j’ai tenté de lui “mettre des bâtons dans les roues” ; aux gens, très rares, qui m’ont consulté pour savoir s’ils devaient, ou non, témoigner, j’ai demandé de ne pas le faire ; mais je n’ai pris aucune initiative dans ce sens.

Il n’empêche qu’hier, en fin de soirée, quelqu’un qui avait lu cette biographie un peu avant les autres m’a téléphoné ; et, là, ma propre réaction m’a surpris. Souvent, dans ma vie, j’ai su les choses dans un lieu secret, que je ne peux qualifier autrement que par l’expression banale “dans le fond de mon coeur”, avant de les savoir réellement ; parfois, j’ai pu, lorsqu’elles étaient encore dans ce lieu, les écrire avant même de les savoir; il est même possible que ce soit au fond pour découvrir ce genre de choses que j’écrive.

La seule chose que j’ai demandé à cette personne, c’est de me lire la liste des gens que Demorpion remerciait en fin d’ouvrage pour l’avoir aidé dans son “enquête non autorisée” ; la liste de ceux qui avaient collaboré, qui s’étaient “mis à table”. Et ce que j’ai découvert, hier en fin de soirée au téléphone, en écoutant cette assez longue hétéroclite liste de noms, est ce qui suit.

 

Jamais plus je ne pourrai considérer comme un ami quelqu’un qui s’est permis de révéler, dans un ouvrage destiné à la publication, des faits appartenant à ma vie privée, et sur lesquels je n’avais pas souhaité, au moins jusqu’à présent, écrire moi-même. Je ne pactise pas avec les serviteurs de la transparence. Ma vie m’appartient.

La seconde chose que j’ai découverte est encore plus importante, elle est d’une telle importance, et rejoint de si près les conclusions auxquelles sans rien savoir de tout cela j’étais arrivé dans “La possibilité d’une île”, que je n’arrive même pas encore clairement à l’analyser.

Tous mes amis m’ont trahi; presque tous. Ecouter la lecture de cette liste au téléphone était un moment cruel ; il ne me reste plus, à l’heure actuelle, que très peu d’amis. Pour certains bien sûr je sais que le journaliste Demonpion les remercie alors qu’ils n’ont fait que l’éconduire au téléphone ; il me faudra bien sûr mener une petite enquête,au cas par cas ; il n’empêche que le résultat est déjà, dans le meilleur des cas, accablant.

 

Aucun de mes amours ne m’a trahi. Absolument aucun. Aucune des femmes avec qui j’ai eu, au cours de ma vie, une relation amoureuse (et même quand cette relation s’est très mal terminée, même quand il y a eu des moments terribles) n’a accepté de témoigner. Elles ne m’ont même pas consulté ; elles ont su simplement, intuitivement, et sans l’ombre d’une hésitation, qu’elles ne devaient pas le faire. Et elles ne l’ont pas fait. Cela nous appartient.

 

 Je n’ai pas eu, bien sûr, tellement de relations amoureuses ; mais je n’ai pas eu tellement de vraies relations amicales non plus, sans doute même un peu moins. Le résultat en tout cas est si net, si tranché (et il contraste si nettement avec les idées reçues qu’on peut se faire à la lecture des indiscrétions des magazines people) qu’il me bouleverse. Il me bouleverse au sens originel du terme, il donne à tout ce que je pouvais savoir de la vie de nouvelles bases. J’en tiendrai compte, à présent ; j’en tiendrai le plus grand compte.

 
A celles qui n’ont pas témoigné, qui ont gardé ces choses parfois si dures, mais parfois si douces aussi, dans le lieu secret, je dis merci. Vous m’aviez donné beaucoup de bonheur, ou beaucoup de souffrance, ou les deux mélangés, et plus de bonheur que de souffrance au bout du compte ; vous venez maintenant de me donner aussi, par votre exemple, un très grand enseignement. »

Commentaires

Joseph Mace-Scaron, l'homme qui aime le débat a livré une analyse intéressante sur le dernier Michel Houellebecq dans son nouvel éditorial

http://www.jmacescaron.net/presse%20ecrite/index.php

Armé de sa canne et son sac, il continue les éditoriaux en homme libéré qu'il est...

Écrit par : Majdar | 15/09/2005

Merci pour ce lien. J'avais oublié cette adresse et c'est vrai qu'il apporte une analyse fort interessante.

Écrit par : Fabrice Trochet | 16/09/2005

En effet, Le Figaro Magazine a perdu un directeur de rédaction de qualité... Homme de débat et disciple de l'excellent Jean-François Colosimo.

Dassault et son despotisme des "idées saines" a tué l'un des derniers lieu de débat en France...

Écrit par : Majdar | 16/09/2005

D'après ce que j'ai put en lire houellebecq se livre sans détours ou presque révèle qu'il ne s'aime pas physiquement. Il s'étonne meme de se trouver plutot mignon, adolescent. Il semble attribuer a son physique son insuccès auprès des femmes, ce qu'il revendique. Mais Michel tu sembles ignorer que les femmes fort heureusement sont beaucoup moins à cheval sur la beauté que les hommes, en tous cas nombre d'entre elles préfèrent l'intellect au physique. Alors de ce coté la tu es plutot favorisé.

Écrit par : Angel | 24/09/2005

Ce qui est assez interessant sur ce site est ceci"Tous mes amis m’ont trahi; presque tous. Ecouter la lecture de cette liste au téléphone était un moment cruel ; il ne me reste plus, à l’heure actuelle, que très peu d’amis. Pour certains bien sûr je sais que le journaliste Demonpion les remercie alors qu’ils n’ont fait que l’éconduire au téléphone ; il me faudra bien sûr mener une petite enquête,au cas par cas ; il n’empêche que le résultat est déjà, dans le meilleur des cas, accablant."
Dans cette liste on y trouve le nom de Michelle Levy administrateur du site officiel de l'écrivain Michel Houellebecq, un site assez bizzare qui ne mentionne même pas le site de Houellebecq.

Écrit par : Fabrice Trochet | 24/09/2005

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