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24/02/2006

Antisémitisme : combat très douteux

Lecture du bloc-notes d’Ivan Rioufol  de ce vendredi toujours aussi impertinent qui en quelques lignes propose une grille d’analyse fondé sur le bon sens.

 

Manifester contre la barbarie

Ce n'est pas seulement l'antisémitisme qui a tué Ilan Halimi, séquestré et torturé durant trois semaines dans un appartement de Bagneux (Hauts-de-Seine) parce que «les juifs ont de l'argent». Le jeune homme a été victime d'une barbarie commise par des brutes ayant atteint, selon un policier, «le degré zéro de la pensée». Il a été victime de la loi du silence, imposée notamment par Yousouf Fofana, qui vient d'être arrêté en Côte d'Ivoire.

Les émeutiers de novembre avaient été excusés pour avoir brûlé des écoles et des bibliothèques. Les belles âmes ne s'étaient pas émues davantage du meurtre d'un père de famille, tué parce qu'il photographiait un lampadaire dans une cité. Cette fois, la civilisation est atteinte, à force d'endoctrinements manichéens et de démissions. Sa défense mérite la mobilisation (à Paris: dimanche, 15 h, place de la République).

Une mort applaudie

«Les Noirs sont là pour tuer les Blancs» : un des propos rapportés cette semaine par la veuve du gendarme Raphaël Clin, tué accidentellement sur l'île antillaise de Saint-Martin. Les témoins se seraient réjouis de l'accident et plus encore de la mort du militaire. Qui s'indigne ?

Interrogé à ce sujet à l'émission "L'invité de RTL" de Jean-Michel Apathie sur RTL  ce vendredi 24 Février François Bayrou a affirmé qu’il en n’avait jamais entendu parler sur une antenne. 

Jean-Michel Apathie : Il y a eu des dépêches et on a entendu - avant-hier, je crois - l'épouse de ce gendarme témoigner.

François Bayrou Et bien, c'est une horreur absolue et qui mérite exactement la même sollicitude et la même attention.

Jean-Michel Apathie : On est obligé de constater, François Bayrou, que cette compassion vis-à-vis de ce gendarme n'existe pas.

Et bien, c'est faux. Pour vous, peut-être, mais pour moi, ce n'est pas le cas. Ce que vous racontez là mérite la même émotion, sauf que, d'après ce que vous dites, c'est un accident qui a duré un moment.

Jean-Michel Apathie : Il a agonisé au bord de la route.

C'est impossible. Vous me le dites ! Vous êtes au micro. Vous êtes journaliste, vous avez vérifié votre information, je pense. Moi, je n'arrive pas à croire que, où que ce soit sur le territoire français - même si c'est loin, à Saint-Martin.

Jean-Michel Apathie : Dans les Antilles.

Je n'arrive pas à croire, et je ne veux pas croire, que des gens aient vu agoniser quelqu'un - quelle que soit la couleur de sa peau - en souhaitant sa mort. Ce que vous dites là mérite que vous le disiez à l'antenne, que vous y alliez. Cela fait des jours que cette information, sans doute, vous l'avez.

On n'a pas entendu un responsable politique du côté de l'autorité de l'État.

Et bien, vous m'entendez !

Il est étonnant et pour tout dire scandaleux que Bayrou se permet de douter de l'agonie de ce gendarme, alors qu'ailleurs il est prêt à manifester pour une autre agonie aussi sordide.
J’ai téléphoné au MRAP (assez facile à avoir d'ailleurs, aucune attente)  à propos de la manifestation de dimanche pour savoir s’il fallait dénoncer aussi le meurtre de ce gendarme. On m’a répondu que le MRAP ne participera pas à cette manifestation car le Front National sera présent. Cette interlocutrice  a  ajouté : « nous sommes sur un terrain glissant ».
Sur ce dernier point elle avait parfaitement raison, je pense qu’exploiter  politiquement ce genre d'affaire est ignoble.

19/02/2006

Au régal des Vermines Marc-Edouard Nabe

Le Dilettante a eu la judicieuse idée de republier Au  régal des vermines depuis longtemps épuisé. L’intérêt de cette parution est aussi la préface intitulé « Le Vingt-sept Livre » où Nabe nous livre de savoureuses avec son ancien voisin Michel Houellebecq . Coïncidence étonnante : ces deux écrivains ont habité à la même adresse. La plupart des livres parus sur Houellebecq sont ternes,  plein de ressentiments et surtout  sans intérêt ; celui-ci est très  jubilatoire Les anecdotes abondent. On rit de suivre Houellebecq passant  des heures au Monoprix à draguer une grande noire en vain.

Ce qu’on reproche le plus à Houellebecq ce n’est pas le texte par lui-même « Sur le fond, ta Possibilité d’une île ne dérange personne, Michel. Ce qu’il y a de plus « scandaleux » dans ton livre, c’est qu’il a du succès. La société marchande ne supporte pas qu’on lui montre qu’elle est. »

Nabe fustige toujours autant la médiocrité, le mensonge. D’ailleurs il ne flatte personne même pas ses fans.

« Quand à la vérité, qu’elle crève, cette conne ! Elle ne m’a apporté que des emmerdements ! Mentons ! » Peut-être est-ce son dernier livre comme il a l’air de le prétendre à la fin de cette longue préface.

 

A la sortie d’Au régal des vermines, Nabe fut considéré comme le parfait salaud.

« (...) je  sais pourquoi je suis un criminel : parce que je n’écris pas de livres normaux, bien objectifs, sériés, intelligents, cohérents et structurés. » Il se doutait que ce livre ne pouvait plaire à la société. « Voici un livre dangereux, pour moi, pour vous. »

Ce qui transparait dans ce livre c’est cette liberté de ton que l’on n’a plus l’occasion de lire. Nabe est vraiment un esprit libre, inclassable, irrécupérable donc dérangeant.

Dans ce livre on peut y lire des pages magnifiques sur le jazz, Léon Bloy, Céline et aussi Lucien Rebatet, un écrivain maudit  dont il a l’outrecuidance de proclamer son admiration.

Ses pages sur ces rebelles, ces faux subversifs de plus en plus envahissant sont toujours d’actualité.

Ce qui est le plus touchant chez Nabe et ce livre le confirme c’est sa sincérité, son courage, sa sensibilité, son impertinence,  le sens aigu de l’observation, son ambiguité comme tout être humain.

09:30 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : littérature

12/02/2006

L'Islam défie la vieille Europe

Le bloc-notes d'Ivan Rioufol  L'Islam défie la vieille Europe paru dans le Figaro du 10 février 2006 est toujours aussi détonnant rempli d'une verve pétillante qui fait frémir la bien-pensance. C'est l'un des rares journalistes à proposer une grille d' analyse fondée sur le bon sens. Il ose défendre les quelques voix appelant à la raison surtout venues de médias moyen-orientaux. Cela n'est guère étonnant que la France cède aux pressions des islamistes car elle  a toujours soutenu les pires dictateurs. N'oublions pas que le France a accueilli Khomeiney ;  les intellectuels français  ont  soutenu aussi les pires dictatures communistes, maoïste, et même Pol Pot, Castro, etc. La liste est trop longue.  Il est à noter que l'huma s'est dissocié de ses confrères : ce journal n'a pas publié une seule de ces caricatures ; et pourtant il a souvent insulté les chrétiens. 
 

"C'est le monde musulman qui se caricature : à Londres, des nazislamistes ont manifesté en brandissant des pancartes «Europe, ton 11 Septembre va venir», «Massacrez ceux qui insultent l'Islam». A Bruxelles, ils défilaient le Coran à la main, tandis qu'à Paris, d'autres criaient «Dieu est grand !» Au Proche-Orient, des ambassades européennes ont été incendiées. Des Irakiens réclament une fatwa pour tuer les caricaturistes danois de Mahomet. Qui entend les indignations des «modérés» ?

L'Islam européen, légitimement heurté par l'irrespect porté au prophète, a majoritairement évité de descendre dans les rues. Cependant, il n'a pas tenté de se désolidariser des propos anti-occidentaux ou des appels au djihad. Il n'a pas jugé utile de dénoncer la manipulation des foules, réagissant à des publications datant de septembre. Reprenant à son compte le registre victimaire de «l'humiliation», il n'a pas contribué à calmer les esprits.

Les quelques voix appelant à la raison sont surtout venues de médias moyen-orientaux. C'est un journaliste jordanien, Jihad Momani, de l'hebdomadaire Shihane, qui a été le plus courageux en publiant les caricatures controversées avec ce commentaire : «Qu'est-ce qui porte plus préjudice à l'Islam, ces caricatures ou bien les images d'un preneur d'otages qui égorge sa victime devant les caméras (...) ?» Le confrère est, depuis, en prison.

Le choc entre les cultures crève les yeux. Y compris en Europe, où la communauté issue de l'immigration explique vouloir conserver ses lois divines : elles interdisent la reproduction de Mahomet, mais aussi la critique du Coran, en dépit de sourates appelant à tuer juifs et croisés. Au contact des démocraties depuis plus de trente ans, l'Islam a peu modifié ses modes de pensée et de comportement. En exigeant l'immunité médiatique, les musulmans s'estiment hors du droit commun.

Les «modérés» se montrent solidaires de leurs «frères» et «soeurs» pour réclamer, de tous, le respect de leur religion. Or, cette alliance est une première victoire pour les islamistes, qui ont entrepris de tester la détermination de l'Occident à défendre la laïcité et la liberté d'expression. Leur deuxième victoire viendrait de la contrition des démocraties. Le défi est donc clair : ou la vieille Europe résiste, ou elle s'excuse encore. L'esprit munichois qui l'habite fait craindre le pire.

Inavouable peur

C'est un délit de blasphème que les musulmans veulent voir sanctionner par les démocraties laïques. Ils ont déjà reçu les encouragements complaisants des États-Unis et de la Grande-Bretagne, qui ont jugé «inacceptables» la publication des dessins. En France, les bons esprits qui ont obtenu que les critiques contre les homosexuels soient punissables, ont ouvert la voie à une semblable législation contre l'«islamophobie». Des associations musulmanes lancent des pétitions dans ce but.

L'idéologie antiraciste, qui inspire le discours dominant sur le «vivre ensemble», vient en renfort. Elle prétend que ceux qui tiennent tête aux extrémistes sont extrémistes eux-mêmes. Elle assure que les caricatures représentant Mahomet en terroriste sont du même ordre que les caricatures antisémites de jadis. Une contre-vérité : la critique contre une religion ou un système de pensée – le catholicisme en fait régulièrement les frais – ne peut être assimilée à la dénonciation raciste.

L'inavouable : ces intimidations font peur. Le Figaro a rapporté, samedi, qu'un musée danois avait refusé de présenter un tableau qui déplaisait à des musulmans et que les traducteurs du livre de la parlementaire néerlandaise antifondamentaliste Ayaan Hirsi Ali avaient réclamé l'anonymat. L'égorgement du cinéaste Theo Van Gogh a été compris comme un avertissement. L'assassinat aux cris d'«Allaho Akbar !» d'un prêtre catholique, Andrea Santoro, lundi en Turquie, s'ajoute à ces terreurs qui ont aussi frappé Madrid et Londres.

Quand Jacques Chirac condamne les «provocations manifestes», mercredi, en écho à la publication par Charlie-Hebdo d'autres caricatures, le président satisfait notamment Tariq Ramadan qui réclame «un peu plus de respect», en attendant «une conjoncture plus favorable» (Libération, 8 février). Mais d'autres musulmans sont à écouter. Ce professeur de Tunis par exemple, Hamadi Redissi, s'adressant aux Occidentaux, : «Vous ne devenez pas renoncer à la libre critique. Si vous cédez, c'en sera fini.»

Limiter la charia

Le respect sans cesse réclamé par l'Islam (le mot signifie soumis) a déjà conduit, en France, des municipalités à proposer des piscines non mixtes. Des écoles se sont pliées à des obligations sur les interdits alimentaires, l'absentéisme pour raison religieuse, le contenu des programmes, etc. (phénomènes décrits en juillet 2004 par le rapport Obin). L'islamisation de certaines banlieues est à l'oeuvre, dans le premier pays musulman d'Europe.

Or, si les critiques contre l'American way of life inspirent les commentateurs, les réserves contre la charia restent bien discrètes. Aussi est-il heureux que le projet de loi sur l'immigration, présenté hier par le gouvernement, semble vouloir se préoccuper du sujet. Outre une restriction du regroupement familial, le texte entend soumettre les arrivants à des engagements à respecter les valeurs de la République, qui protègent notamment le droit des femmes et les libertés individuelles. La moindre des choses..."

11/02/2006

Caricatures jihadistes : insultes à l'islam ?

Judicieuse analyse d' Alain FINKIELKRAUT parue  dans Libé  jeudi 09 février 2006 sous le titre Fanatiques sans frontières

http://www.liberation.fr/page.php?Article=357882

"(...)L'image qui a mis le feu aux poudres représente Mahomet coiffé d'un turban en forme de bombe. Image injurieuse, nous dit-on. Lien blessant, lien offensant, lien diffamatoire entre le Prophète et le terrorisme. Sans doute. Mais ce lien, ce ne sont pas les caricaturistes danois qui l'ont établi, ce sont les jihadistes.

Pourquoi n'y a-t-il jamais eu de manifestation dans le monde arabo-musulman contre les attentats sanglants de New York, de Madrid, de Monbassa, de Bali et d'ailleurs ?

De surcroît, les images des foules furieuses et vociférantes qui saccagent les ambassades scandinaves sont infiniment plus obscènes, infiniment plus caricaturales que les croquis venus de Scandinavie.

Les croyants qui s'estiment outragés et calomniés par une telle représentation de Mahomet répondent en disant : «Kill those who insult islam !» Et ceux qui insultent l'islam, à leurs yeux, ce ne sont pas seulement les auteurs des dessins incriminés, ce sont les gouvernements des pays où ces dessins ont été publiés et les ressortissants de ces pays eux-mêmes.(...)"

09/02/2006

Dantec réagit aux caricatures

Dantec réagit aux caricatures sur http://www.rockik.com/fr/ 

 Lien : http://d1541037.u50.infinology.net/files/free/RocKIK_MauriceGDantec_060206.mp3


Il souligne qu'en permanence, l'ensemble de la presse arabe publie des caricatures  abjectes anti-chrétiennes sans que notre presse ne s'en émeuve. Il a aussi souligné que l'islam s'apparente plus à une idéologie qu'à une religion.

Caricatures de Mahomet


 

Le monde est en émoi parce qu’un journal danois a publié, voici quelques mois, des caricatures de Mahomet, ce prophète guerrier qui fit parler de lui il y a quatorze siècles, quand il fonda l’Islam au prix de quelques massacres. Ces caricatures ont été reprises par « France-Soir » à l’initiative du directeur de la publication qui, pour cette raison, a été licencié.

L’Europe a mis des siècles à se débarrasser de l’intolérance religieuse, avec l’approbation de nombreux catholiques et protestants éclairés, qui entendaient vivre leur foi librement sans l’imposer à quiconque. Ces Occidentaux attachés au libre-arbitre avaient bien compris qu’une croyance qui s’appuie sur la terreur ne peut avoir aucune valeur spirituelle.

Il faut rappeler que le concept du libre-arbitre ne figurait pas à l’origine dans la doctrine chrétienne. Il y fut introduit au début du ve siècle par le druide celte Morgan, né en Grande-Bretagne en 360, qui se fit moine chrétien sous le nom de Pélage, pour venir prêcher à Rome durant dix années. Il niait le péché originel et affirmait que c’était la seule volonté de l’homme qui le portait vers le bien ou vers le mal. Bien que vigoureusement combattu par Augustin (le « docteur de la grâce »), le pélagianisme, condamné par plusieurs papes, finit par gagner peu à peu tous les esprits européens et l’on peut dire qu’à travers lui, l’Occident l’emporta sur l’Orient au cœur même du christianisme.

L’Europe va-t-elle aujourd’hui tolérer que des fanatiques orientaux égarés par une religion archaïque lui dictent sa conduite et viennent faire obstacle à la philosophie de liberté individuelle qui est la racine même de la civilisation occidentale ? Il n’en est pas question ! Et les Européens de toutes opinions et familles de pensée sauront, j’en suis sûr, s’unir et serrer les rangs avec courage pour mettre un coup d’arrêt à cette vague d’intolérance qui s’apprête à submerger le monde.

Aussi, personne dans cette affaire ne doit présenter des excuses et il faut affirmer avec force le droit de tous les hommes à la liberté de pensée et d’opinion, de croyance ou d’incroyance, d’expression et de critique, en quelque domaine que ce soit et de quelque manière qu’elle se manifeste, que ce soit par le livre, la presse, le cinéma, le théâtre, la chanson, l’imitation ou la caricature.

Nous devons clamer à la face du monde que personne n’intimidera les Occidentaux, et que des foules arriérées et manipulées peuvent bien piétiner nos drapeaux et incendier nos ambassades sans que nous fléchissions d’un pouce. Va-t-on mettre à l’index Montesquieu et Voltaire, gloires de l’esprit français, parce qu’ils dénoncèrent jadis le fanatisme mahométan ?

Les nouvelles techniques de communication ont fait du monde un village. Tout se diffuse partout. Il convient d’en tirer la leçon : une tolérance planétaire doit s’instaurer envers les productions intellectuelles de tous les pays. Personne n’est contraint de lire ou de regarder ce qui le choque, ou plutôt ce qui choque en lui des implants idéologiques surannés. Une censure mondiale serait intolérable et ruinerait tout progrès mental de l’humanité.

Car, ne nous y trompons pas, c’est un nouveau totalitarisme qui se profile à l’horizon, et je crains que les dirigeants islamistes radicaux ne fassent la même erreur que firent les nazis au siècle précédent. Parce que les démocraties sont par nature pacifiques et conciliantes, patientes et indulgentes, parfois un peu trop, les fanatiques exaltés se persuadent qu’elles sont lâches. (Certains de leurs citoyens plus impatients que d’autres finissent par le croire eux-mêmes.) Ils se trompent tous lourdement. Les êtres évolués et civilisés répugnent naturellement à la haine et au conflit, et temporisent en espérant que l’adversaire s’assagisse, sans se rendre compte qu’ils encouragent ainsi sa présomption et son arrogance. Mais lorsqu’ils prennent conscience du danger, les civilisés réveillent leurs énergies et se jettent au combat de légitime défense, écrasant leurs agresseurs.

Et cela se reproduira s’il le faut. Nul ne peut s’en réjouir, car le monde en serait de nouveau ensanglanté. Mais si les musulmans modérés ne sont pas capables de juguler leurs fanatiques et de défendre fermement la liberté de penser, de dire, d’écrire et de dessiner, ils doivent s’attendre à payer un jour très cher cette faiblesse.

Lance Pierre - dimanche 12 février 2006 Article publié dans le N°530 Les 4 vérités

Des caricatures de Mahomet au choc des civilisations

Les médias européens « pataugent » dans le traitement de l’affaire des caricatures de Mahomet par un journal danois. Ils hésitent, en effet, entre affirmation de la liberté de la presse et dénonciation de l’islamophobie.

La presse démontre ici les insuffisances de sa grille de lecture. Tout se passe, en effet, comme si la revendication de liberté d’expression n’avait jamais été autre chose qu’une arme de dénigrement de la civilisation occidentale et notamment de ses sources gréco-romaines et judéo-chrétiennes.

Au contraire, devant les civilisations non-occidentales, l’impertinence revendiquée devenait admiration sans réserve, éloges sans fin. Jamais, dans les gros titres de la presse française du moins, on ne trouve exprimé la plus petite réserve sur l’islam, ses présupposés ou la civilisation qu’il a engendrée.

Or, nous avons eu l’occasion d’en parler dans ces colonnes, l’exégèse historico-critique permettrait d’éliminer un certain nombre de points apparemment fondamentaux dans l’élaboration du corpus coranique. Et, du point de vue de la civilisation, le B. A.-BA de la connaissance historique devrait relativiser les poncifs comme le caractère pacifique et non-violent de la religion islamique, sur la brillante civilisation arabe ou encore sur la compatibilité de l’islam avec la démocratie.

 

Bref, ce qui est problématique en cette affaire, n’est pas tant l’irrespect dont font preuve la plupart des journalistes pour l’Occident ou les religions qui y furent acclimatées ; ce n’est même pas tant la flagornerie dont ils couvrent l’islam et d’autres cultures non-occidentales ; c’est bien plutôt la différence de traitement.
À force d’exiger à tout propos la repentance des Occidentaux, et d’applaudir à tout rompre aux cultures « minoritaires » ou « alternatives », ils ont rendu impossible l’amour, même critique, de nos racines et donc ont rendu impossible toute perspective d’avenir commun.

Ces difficultés momentanées d’une presse, arrogante à la mesure de son ignorance, dépassent donc de loin l’anecdote des caricatures danoises et concernent, bien plus généralement, la notion même que nous avons de notre civilisation et de ses rapports avec les autres. Et, ainsi, à mesure que les hauts-cris jetés contre Samuel Huntington deviennent davantage le fonds commun de la « pensée » médiatique, on met davantage en place les éléments préparateurs du « choc des civilisations »…

Car ces caricatures ont également un aspect géopolitique important. Elles contribuent à tracer des lignes de front intangibles. Les réactions dans le monde islamique, où l’on brûle nos drapeaux, montrent à l’évidence que, pour la mythique « rue arabe », il n’y a pas de distinction entre Américains et Européens. Tous sont des ennemis, à convertir ou à soumettre. Paradoxalement, si l’on voulait obtenir un traitement différencié des pays occidentaux, il faudrait d’abord que ceux-ci acceptent une préalable solidarité.

C’est, entre autres, parce que la France a publiquement clamé son désaccord avec les autres puissances occidentales sur plusieurs questions touchant le monde arabo-musulman, notamment sur la guerre en Irak, que son non-alignement sur les revendications de Damas et de Téhéran en matière de liberté d’expression en Europe est perçu comme une trahison.

Il est vrai que ces questions sont subtiles et se prêtent mal au manichéisme des manifestations de masse, mais il est clair aussi que l’avertissement de Churchill naguère résonne toujours : « Ils ont accepté le déshonneur pour avoir la paix. Ils auront et le déshonneur et la guerre. » Or, le moins que l’on puisse dire, c’est que l’Europe n’a pas eu un comportement très honorable vis-à-vis du monde arabo-musulman ces dernières années, en le traitant contradictoirement et simultanément en refuge de la sagesse mondiale, en ennemi implacable et en nain politique incapable de comprendre nos grands principes…
La politique, c’est d’abord l’art du choix. Et, sur l’islam, sur les pays de la sphère arabo-musulmane, il va falloir que l’Europe choisisse.

Thieulloy (de) Guillaume - dimanche 12 février 2006

Article publié dans le N°530 Les 4 vérités

Les photographies ont été prises à Londres, le 3 février, lors de la manifestation pour protester contre les caricatures de Mahomet organisé  par le mouvement Hizb ul Tahrir, créé par Omar Bakri.