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04/05/2006

L'affaire Handke

 Parce que Peter Handke a assisté aux obsèques de l'ex-président Slobodan Milosevic en Serbie, la Comédie-Française, dirigée par Marcel Bozonnet qui fondait sa décision sur un article du Nouvel Observateur du 6 avril, a décidé de déprogrammer la dernière pièce de l'écrivain autrichien. Après avoir proposé à Bruno Bayen de monter l'oeuvre d'un autre auteur - ce que le metteur en scène a refusé -, Marcel Bozonnet a discuté avec les membres du comité d'administration du Français et les acteurs, qui pour certains défendaient le maintien du Voyage... Finalement, l'administrateur général a retiré la pièce de la programmation, au motif que "la présence de Handke aux obsèques de Milosevic est un outrage aux victimes".

Cette affaire démontre une fois de plus l'esprit du  temps,  le fonctionnement des médias, et  cette nouvelle  censure utilisant le  politiquement correcte pour se "faire" un homme que l'on veut écarter des médias .

Peter Handke avance que le discours unanimiste des médias est un des facteurs qui l'a poussé à se rendre à l'enterrement de Milosevic - Voici un extrait d'un article du Monde du 3 mai 2006 : "Et cela en serait resté là. Je n'avais pas l'intention de me rendre aux funérailles à Pozarevac. (...) C'est évidemment moins cela qui m'a poussé au voyage que les réactions des médias occidentaux, unanimement hostiles, plus hostiles encore après le décès, et au-delà, des porte-parole du tribunal, ainsi que de l'un ou l'autre "historien". C'est le langage tenu par tous ceux-là qui m'a poussé à faire le voyage. (...) Le motif principal de mon voyage, c'était d'être témoin. Témoin, ni dans le sens de l'accusation, ni dans le sens de la défense. Est-ce qu'aujourd'hui ne pas vouloir être le témoin de l'accusation signifie être pour l'accusé ? "Indubitablement", conformément à l'une des formules majeures du langage dominant ?"


Etonnant ! L'information sur laquelle déclare s'être appuyé Marcel Bozonnet pour retirer la pièce de Handke est un article du Nouvel Observateur
Le Nouvel Observateur a refusé ou tardé  à publier un droit de réponse de Peter Handke à l'article l'incriminant, en arguant du motif surréaliste suivant : "la personne qui s'occupe du courrier des lecteurs étant actuellement en
vacances".
  

Commentaires

Oui, c'est vraiment un sommet de la censure assurée par les bien-pensants en France (après celle exercée sur Renaud Camus, Dantec, Houellebecq, Finkelkraut, etc), on a même ici franchi un palier. J'en parle aussi sur mon blog.

Écrit par : Nuel | 06/05/2006

Hitler ou l'un de ses sbires aurait été un bon peintre, fallait-il fréquenter les salons et galeries qui l'auraient exposé? Pour ma part, je ne l'aurais tout simplement pas exposé!
C'est ce qu'a fait Marcel Bozonet, avec un grand courage, en refusant "d'exposer" Peter Handke. Quand on "refera" l'histoire dans 10 ans, dans 20 ans, il ne sera pas écrit que la Comédie Française offre ses faveurs à un auteur marquant ouvertement la défense d'un génocidaire. Merci à lui, Marcel Bozonet, pour sa droiture et son engagement ... d'honneur.

Écrit par : Véronique Valmont | 06/05/2006

Plusieurs faits sont quand même à preciser:

Handke n'a pas eu l'occasion de s'expliquer sur le sens de sa presence avant la decision de retirer la piece ne soit prise(bonjour l'esprit de "justice"), comme s'il eut été difficile d'attendre son retour.

Lorsque Handke s'est enfin expliqué, il a indiqué qu'il avait souhaité se démarquer de la belle unanimité médiatique contre Milosevic, alors que la situation semble un peu plus ambigue qu'il n'y parait...

Tout n'est pas aussi simple, mais une fois de plus, les bobos peuvent se regarder dans le mirroir et se trouver beaux.

Écrit par : Gilles | 09/05/2006

Madame Valmont,

Je ne vois vraiment pas le rapport avec Hitler. D'ailleurs si ses peintures avaient été exposées il ne serait sans doute pas devenu le tyran qu'il fut.

Écrit par : Fabrice Trochet | 13/05/2006

Un autre point de vue
article paru dans le figaro sur cette affaire par Matthieu Baumier
http://www.lefigaro.fr/debats/20060518.FIG000000173_affaire_handke_quand_la_france_intellectuelle_applaudit_la_censure.html

(...)En déprogrammant la pièce du dramaturge, laquelle devait être créée par Bruno Bayen au Théâtre du Vieux-Colombier, début 2007, Bozonnet apporte une sale eau au moulin de la censure de la pensée, mettant en pratique le délit d'opinion dans un pays où ce délit est théoriquement interdit. Au nom de quoi ? De la liberté, sans doute.

Drôle de «liberté». Autre que celle qui fait écrire à Elfriede Jelinek, peu sujette à l'admiration envers Milosevic, que l'interdiction (car c'est bien de cela qu'il s'agit) de la pièce de Handke est une pratique digne d'une dictature. La France intellectuelle moisie est une habituée de la censure et du délit d'opinion brandis à l'encontre de toute pensée n'allant pas dans le sens de l'opinion commune, du moins de celle de quelques quartiers de Paris. Et c'est bien cela qui devrait inquiéter écrivains, intellectuels et artistes : en France, censure, délit d'opinion et interdiction de parler, de penser, de dire sont devenus habituels.

C'est la norme. La décision de Bozonnet s'inscrit dans une liste qui chaque jour s'allonge, depuis l'acte de délation produit par Lindenberg contre les «nouveaux réactionnaires» jusqu'à la tentative de lynchage médiatique du philosophe Alain Finkielkraut, en passant par la polémique continuelle contre Dantec ou la multitude de petites brimades et interdictions dont sont victimes, en France, ceux qui refusent de penser le monde de façon manichéenne.

Car le délit d'opinion qui pèse sur ce pays n'existe que du fait d'une opinion officielle, laquelle ne doit pas être contestée. Attention, soyez prudents, tout écart sera sévèrement puni, vous risquez de faire la une de tel ou tel hebdomadaire ou quotidien.

Attention, attention, si vous ne pensez pas que notre monde est divisé entre les méchants (Bush, la Serbie, le capitalisme, Israël, le libéralisme...) et les bons (le Villepin de l'ONU, la Palestine, les «résistants» irakiens, l'antiaméricanisme primaire, le philo-islamisme radical, le philo-communisme, les altermondialistes...), oui, attention, attention, nous avons les mots qui tuent : «réactionnaire !», «fasciste !», hurle-t-on entre deux promenades en rollers et trois bons repas bien loin de la complexité, quant à elle bien réelle, de ce monde.

Aujourd'hui, la France est un pays dans lequel les penseurs qui ne pensent pas «comme il faut» sont montrés du doigt et désignés à la vindicte populaire des procès publics à la moscovite. Ainsi, aujourd'hui une pièce de théâtre est interdite pour délit d'opinion. Pourtant, l'acte de Peter Handke questionne l'histoire de notre temps. Et alors ? Que faut-il attendre d'un écrivain, d'un philosophe, d'un dramaturge ? Sa fonction n'est-elle pas justement de questionner ?

Nous en sommes donc là : le pouvoir des nains, dans la France vraiment moisie, interdit le questionnement, c'est-à-dire la pensée. Il est urgent que les intellectuels se lèvent, urgent que le cri monte, urgent que la dissidence s'organise, car le motif de la déprogrammation de cette pièce est bel et bien la peur, celle que ressent Bozonnet, cette peur de se retrouver à la une d'un hebdomadaire, cloué au pilori par d'anciens «amis». Ceci est un appel à la vigilance, la vraie. La vigilance contre la peur.




La déprogrammation de la pièce de Peter Handke, Voyage au pays sonore, ou l'Art de la question, annoncée par l'administrateur de la Comédie-Française, Marcel Bozonnet, fin avril, écoeure. Ainsi donc, dans ce pays, ce sont les nains qui exercent des pouvoirs administratifs ou journalistiques sur la pensée, romanesque, philosophique ou dramaturgique, qui décident de ce qui doit être écrit, lu, dit, pensé, joué, filmé ? Je le demande : où sommes-nous ? En quelle année sommes-nous ? Voici venir un individu qui a de l'urticaire en lisant Le Nouvel Observateur.

Que lit-il ? Que cet immense écrivain qu'est Peter Handke s'est rendu aux obsèques de Slobodan Milosevic, en Serbie, et y a réaffirmé son opinion : pour lui, le peuple serbe est aussi la victime de la guerre des Balkans. On peut être en accord ou non avec la conception de Handke, ce n'est pas le problème. Cette conception est une opinion.

En déprogrammant la pièce du dramaturge, laquelle devait être créée par Bruno Bayen au Théâtre du Vieux-Colombier, début 2007, Bozonnet apporte une sale eau au moulin de la censure de la pensée, mettant en pratique le délit d'opinion dans un pays où ce délit est théoriquement interdit. Au nom de quoi ? De la liberté, sans doute.

Drôle de «liberté». Autre que celle qui fait écrire à Elfriede Jelinek, peu sujette à l'admiration envers Milosevic, que l'interdiction (car c'est bien de cela qu'il s'agit) de la pièce de Handke est une pratique digne d'une dictature. La France intellectuelle moisie est une habituée de la censure et du délit d'opinion brandis à l'encontre de toute pensée n'allant pas dans le sens de l'opinion commune, du moins de celle de quelques quartiers de Paris. Et c'est bien cela qui devrait inquiéter écrivains, intellectuels et artistes : en France, censure, délit d'opinion et interdiction de parler, de penser, de dire sont devenus habituels.

C'est la norme. La décision de Bozonnet s'inscrit dans une liste qui chaque jour s'allonge, depuis l'acte de délation produit par Lindenberg contre les «nouveaux réactionnaires» jusqu'à la tentative de lynchage médiatique du philosophe Alain Finkielkraut, en passant par la polémique continuelle contre Dantec ou la multitude de petites brimades et interdictions dont sont victimes, en France, ceux qui refusent de penser le monde de façon manichéenne.

Car le délit d'opinion qui pèse sur ce pays n'existe que du fait d'une opinion officielle, laquelle ne doit pas être contestée. Attention, soyez prudents, tout écart sera sévèrement puni, vous risquez de faire la une de tel ou tel hebdomadaire ou quotidien.

Attention, attention, si vous ne pensez pas que notre monde est divisé entre les méchants (Bush, la Serbie, le capitalisme, Israël, le libéralisme...) et les bons (le Villepin de l'ONU, la Palestine, les «résistants» irakiens, l'antiaméricanisme primaire, le philo-islamisme radical, le philo-communisme, les altermondialistes...), oui, attention, attention, nous avons les mots qui tuent : «réactionnaire !», «fasciste !», hurle-t-on entre deux promenades en rollers et trois bons repas bien loin de la complexité, quant à elle bien réelle, de ce monde.

Aujourd'hui, la France est un pays dans lequel les penseurs qui ne pensent pas «comme il faut» sont montrés du doigt et désignés à la vindicte populaire des procès publics à la moscovite. Ainsi, aujourd'hui une pièce de théâtre est interdite pour délit d'opinion. Pourtant, l'acte de Peter Handke questionne l'histoire de notre temps. Et alors ? Que faut-il attendre d'un écrivain, d'un philosophe, d'un dramaturge ? Sa fonction n'est-elle pas justement de questionner ?

Nous en sommes donc là : le pouvoir des nains, dans la France vraiment moisie, interdit le questionnement, c'est-à-dire la pensée. Il est urgent que les intellectuels se lèvent, urgent que le cri monte, urgent que la dissidence s'organise, car le motif de la déprogrammation de cette pièce est bel et bien la peur, celle que ressent Bozonnet, cette peur de se retrouver à la une d'un hebdomadaire, cloué au pilori par d'anciens «amis». Ceci est un appel à la vigilance, la vraie. La vigilance contre la peur.




La déprogrammation de la pièce de Peter Handke, Voyage au pays sonore, ou l'Art de la question, annoncée par l'administrateur de la Comédie-Française, Marcel Bozonnet, fin avril, écoeure. Ainsi donc, dans ce pays, ce sont les nains qui exercent des pouvoirs administratifs ou journalistiques sur la pensée, romanesque, philosophique ou dramaturgique, qui décident de ce qui doit être écrit, lu, dit, pensé, joué, filmé ? Je le demande : où sommes-nous ? En quelle année sommes-nous ? Voici venir un individu qui a de l'urticaire en lisant Le Nouvel Observateur.

Que lit-il ? Que cet immense écrivain qu'est Peter Handke s'est rendu aux obsèques de Slobodan Milosevic, en Serbie, et y a réaffirmé son opinion : pour lui, le peuple serbe est aussi la victime de la guerre des Balkans. On peut être en accord ou non avec la conception de Handke, ce n'est pas le problème. Cette conception est une opinion.

En déprogrammant la pièce du dramaturge, laquelle devait être créée par Bruno Bayen au Théâtre du Vieux-Colombier, début 2007, Bozonnet apporte une sale eau au moulin de la censure de la pensée, mettant en pratique le délit d'opinion dans un pays où ce délit est théoriquement interdit. Au nom de quoi ? De la liberté, sans doute.

Drôle de «liberté». Autre que celle qui fait écrire à Elfriede Jelinek, peu sujette à l'admiration envers Milosevic, que l'interdiction (car c'est bien de cela qu'il s'agit) de la pièce de Handke est une pratique digne d'une dictature. La France intellectuelle moisie est une habituée de la censure et du délit d'opinion brandis à l'encontre de toute pensée n'allant pas dans le sens de l'opinion commune, du moins de celle de quelques quartiers de Paris. Et c'est bien cela qui devrait inquiéter écrivains, intellectuels et artistes : en France, censure, délit d'opinion et interdiction de parler, de penser, de dire sont devenus habituels.

C'est la norme. La décision de Bozonnet s'inscrit dans une liste qui chaque jour s'allonge, depuis l'acte de délation produit par Lindenberg contre les «nouveaux réactionnaires» jusqu'à la tentative de lynchage médiatique du philosophe Alain Finkielkraut, en passant par la polémique continuelle contre Dantec ou la multitude de petites brimades et interdictions dont sont victimes, en France, ceux qui refusent de penser le monde de façon manichéenne.

Car le délit d'opinion qui pèse sur ce pays n'existe que du fait d'une opinion officielle, laquelle ne doit pas être contestée. Attention, soyez prudents, tout écart sera sévèrement puni, vous risquez de faire la une de tel ou tel hebdomadaire ou quotidien.

Attention, attention, si vous ne pensez pas que notre monde est divisé entre les méchants (Bush, la Serbie, le capitalisme, Israël, le libéralisme...) et les bons (le Villepin de l'ONU, la Palestine, les «résistants» irakiens, l'antiaméricanisme primaire, le philo-islamisme radical, le philo-communisme, les altermondialistes...), oui, attention, attention, nous avons les mots qui tuent : «réactionnaire !», «fasciste !», hurle-t-on entre deux promenades en rollers et trois bons repas bien loin de la complexité, quant à elle bien réelle, de ce monde.

Aujourd'hui, la France est un pays dans lequel les penseurs qui ne pensent pas «comme il faut» sont montrés du doigt et désignés à la vindicte populaire des procès publics à la moscovite. Ainsi, aujourd'hui une pièce de théâtre est interdite pour délit d'opinion. Pourtant, l'acte de Peter Handke questionne l'histoire de notre temps. Et alors ? Que faut-il attendre d'un écrivain, d'un philosophe, d'un dramaturge ? Sa fonction n'est-elle pas justement de questionner ?

Nous en sommes donc là : le pouvoir des nains, dans la France vraiment moisie, interdit le questionnement, c'est-à-dire la pensée. Il est urgent que les intellectuels se lèvent, urgent que le cri monte, urgent que la dissidence s'organise, car le motif de la déprogrammation de cette pièce est bel et bien la peur, celle que ressent Bozonnet, cette peur de se retrouver à la une d'un hebdomadaire, cloué au pilori par d'anciens «amis». Ceci est un appel à la vigilance, la vraie. La vigilance contre la peur.


Page 1:3La déprogrammation de la pièce de Peter Handke, Voyage au pays sonore, ou l'Art de la question, annoncée par l'administrateur de la Comédie-Française, Marcel Bozonnet, fin avril, écoeure. Ainsi donc, dans ce pays, ce sont les nains qui exercent des pouvoirs administratifs ou journalistiques sur la pensée, romanesque, philosophique ou dramaturgique, qui décident de ce qui doit être écrit, lu, dit, pensé, joué, filmé ? Je le demande : où sommes-nous ? En quelle année sommes-nous ? Voici venir un individu qui a de l'urticaire en lisant Le Nouvel Observateur.


Que lit-il ? Que cet immense écrivain qu'est Peter Handke s'est rendu aux obsèques de Slobodan Milosevic, en Serbie, et y a réaffirmé son opinion : pour lui, le peuple serbe est aussi la victime de la guerre des Balkans. On peut être en accord ou non avec la conception de Handke, ce n'est pas le problème. Cette conception est une opinion.

En déprogrammant la pièce du dramaturge, laquelle devait être créée par Bruno Bayen au Théâtre du Vieux-Colombier, début 2007, Bozonnet apporte une sale eau au moulin de la censure de la pensée, mettant en pratique le délit d'opinion dans un pays où ce délit est théoriquement interdit. Au nom de quoi ? De la liberté, sans doute.

Drôle de «liberté». Autre que celle qui fait écrire à Elfriede Jelinek, peu sujette à l'admiration envers Milosevic, que l'interdiction (car c'est bien de cela qu'il s'agit) de la pièce de Handke est une pratique digne d'une dictature. La France intellectuelle moisie est une habituée de la censure et du délit d'opinion brandis à l'encontre de toute pensée n'allant pas dans le sens de l'opinion commune, du moins de celle de quelques quartiers de Paris. Et c'est bien cela qui devrait inquiéter écrivains, intellectuels et artistes : en France, censure, délit d'opinion et interdiction de parler, de penser, de dire sont devenus habituels.

C'est la norme. La décision de Bozonnet s'inscrit dans une liste qui chaque jour s'allonge, depuis l'acte de délation produit par Lindenberg contre les «nouveaux réactionnaires» jusqu'à la tentative de lynchage médiatique du philosophe Alain Finkielkraut, en passant par la polémique continuelle contre Dantec ou la multitude de petites brimades et interdictions dont sont victimes, en France, ceux qui refusent de penser le monde de façon manichéenne.

Car le délit d'opinion qui pèse sur ce pays n'existe que du fait d'une opinion officielle, laquelle ne doit pas être contestée. Attention, soyez prudents, tout écart sera sévèrement puni, vous risquez de faire la une de tel ou tel hebdomadaire ou quotidien.

Attention, attention, si vous ne pensez pas que notre monde est divisé entre les méchants (Bush, la Serbie, le capitalisme, Israël, le libéralisme...) et les bons (le Villepin de l'ONU, la Palestine, les «résistants» irakiens, l'antiaméricanisme primaire, le philo-islamisme radical, le philo-communisme, les altermondialistes...), oui, attention, attention, nous avons les mots qui tuent : «réactionnaire !», «fasciste !», hurle-t-on entre deux promenades en rollers et trois bons repas bien loin de la complexité, quant à elle bien réelle, de ce monde.

Aujourd'hui, la France est un pays dans lequel les penseurs qui ne pensent pas «comme il faut» sont montrés du doigt et désignés à la vindicte populaire des procès publics à la moscovite. Ainsi, aujourd'hui une pièce de théâtre est interdite pour délit d'opinion. Pourtant, l'acte de Peter Handke questionne l'histoire de notre temps. Et alors ? Que faut-il attendre d'un écrivain, d'un philosophe, d'un dramaturge ? Sa fonction n'est-elle pas justement de questionner ?

Nous en sommes donc là : le pouvoir des nains, dans la France vraiment moisie, interdit le questionnement, c'est-à-dire la pensée. Il est urgent que les intellectuels se lèvent, urgent que le cri monte, urgent que la dissidence s'organise, car le motif de la déprogrammation de cette pièce est bel et bien la peur, celle que ressent Bozonnet, cette peur de se retrouver à la une d'un hebdomadaire, cloué au pilori par d'anciens «amis». Ceci est un appel à la vigilance, la vraie. La vigilance contre la peur.

Écrit par : loic | 20/05/2006

Entièrement d'accord sur votre réflexion; question soulevée par Eric-Emmanuel Schmitt dans "la part de l'Autre".

Quant au Figaro,
article pour article, je vous renvoie à ceux du Monde:

1) http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0,36-775452,0.html
2) http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/acheter.cgi?offre=ARCHIVES&type_item=ART_ARCH_30J&objet_id=944420
ainsi que:
3) Peter Handke, un témoin sans histoire ?
Article paru dans l'édition du 19.05.06

Marcel Bozonnet a pris deux décisions contraires, l'une et l'autre légitimes. D'abord l'administrateur général de la Comédie-Française avait cru bon d'inscrire à l'affiche du Théâtre du Vieux-Colombier V oyage au pays sonore ou l'art de la question, de Peter Handke. Il n'ignorait rien de sa complaisance vis-à-vis du nationalisme serbe, car l'écrivain autrichien l'avait exprimée et publiée à maintes reprises, mais il pensait encore possible d'en faire abstraction, en hommage à la beauté d'une oeuvre à laquelle il avait déjà ouvert les portes du Conservatoire national supérieur en 1994.

Il résolut ensuite de retirer cette pièce du programme de la prochaine saison, après mûre réflexion, ayant appris par la presse la présence et les propos de l'auteur aux obsèques de Slobodan Milosevic. Son apologie du principal inspirateur et organisateur de la « purification ethnique », dont le décès a interrompu le procès devant le Tribunal pénal international de La Haye (TPIY), constituait en effet un outrage aux victimes, mortes ou vives, mais aussi une injure aux espoirs de ceux qui tentent de délivrer cette région d'Europe des maux qui l'ont ravagée. Pourtant cette provocation a paru moins grave aux yeux de quelques intellectuels, aussitôt ligués dans la défense du dramaturge, que la menace d'une censure pour délit d'opinion.

Ce n'est pas jouer sur les mots que de contester le terme de « censure » - ou même celui de « mise au ban » employé par Bruno Bayen, traducteur et metteur en scène de P. Handke - appliqué au choix personnel, argumenté et assumé comme tel, d'un artiste exerçant sa responsabilité intuitu personae, fût-ce à la tête d'une institution officielle. Le ministre de tutelle a d'ailleurs confirmé la pertinence de la nuance, en montrant son embarras devant une décision dont il admet pourtant la validité. Le juriste Serge Regourd, qui diagnostique un « détournement de pouvoir » dans Le Monde (du 16 mai), semble méconnaître les usages du théâtre et le statut de la Comédie-Française. Cet établissement public à caractère industriel et commercial passe avec les metteurs en scène invités des contrats qui ne relèvent pas de la jurisprudence administrative. Dans le cas présent, aucun document n'avait été signé et B. Bayen ne pouvait se prévaloir que d'engagements verbaux. Handke, que l'on sache, a loisir d'aller et venir, de parler et d'écrire, de publier et de faire jouer ses textes. Il ne s'en prive pas. A relire les déclarations de l'écrivain, on a le sentiment que ceux qui, en ces circonstances précises, récusent le droit de ne pas accueillir son oeuvre et par conséquent sa personne dans un théâtre public se sont engagés dans un de ces faux débats qui font les charmes de la vie parisienne (et viennoise). Ils mettent en scène le conflit entre deux principes universels, d'une part la défense de la liberté du créateur, d'autre part l'exigence de respect à l'égard des victimes de crimes contre l'humanité, afin de donner la priorité au premier.

Une cause juste, le combat contre toute forme de censure, les incite à user d'arguments spécieux et à tolérer des silences assourdissants. Une tribune à l'initiative d'Anne Weber s'attarde ainsi sur les « phrases mensongères » d'un article du Nouvel Observateur dont l'administrateur du Français confessait qu'il avait suscité sa réaction. L'arbrisseau dissimule la forêt. L'ostracisme dont l'écrivain serait victime, aux dires des signataires, n'a nullement empêché la diffusion de ses écrits. Son plaidoyer pour Milosevic, paru le 27 mars dans la revue allemande Focus, étale assez son aveuglement face au chef d'Etat criminel. Du haut de son prix Nobel, Elfriede Jelinek ne craint pas de traiter la déprogrammation du Voyage de « crime » contre le poète et contre le public, qualification qui semblait réservée à la dévastation de Vukovar, au supplice de Sarajevo, aux tueries de Srebrenica ou à l'épuration de Pristina. Quelles que furent alors leurs attitudes devant ces horreurs, plusieurs défenseurs de Handke, emportés par leur charge contre les moulins de la censure, endossent sa théorie d'une « diabolisation des Serbes » et son vocabulaire sur les « guerres civiles yougoslaves ». D'autres, tel Christian Salmon dans Libération (du 5 mai), invoquent la distinction entre la sphère symbolique dans laquelle se situe l'oeuvre et le plan politique sur lequel évolue l'homme, comprenant qu'on critique celui-ci mais non qu'on écarte celle-là.

Le problème, c'est que les constructions esthétiques et les représentations symboliques ont joué un rôle éminent dans la fabrication des figures d'ennemi (croate, musulman ou kosovar) que le régime de Milosevic s'est acharné à traquer. Des romanciers de talent comme Dobrica Cosic ou Milorad Pavic y ont contribué à Belgrade. Dans le cas de Handke, étranger à la scène serbe, l'éloge de l'indispensable autonomie de l'art n'empêche pas la collision entre l'acte littéraire et la parole publique. C'est même son discours qui la précipite, car l'écrivain n'hésite pas à mettre ses impressions et ses intuitions en balance avec les données et les preuves, rassemblées grâce aux patientes enquêtes des enquêteurs et des juges du TPIY. Le poète de l'indicible laisse partout entendre qu'il perçoit en Serbie des mystères indiscernables. Plus de dix ans après la fin de ces guerres, les liens organiques entre Slobodan Milosevic et les leaders nationalistes serbes de Croatie ou de Bosnie-Herzégovine, la division du travail entre les milices paramilitaires et l'armée yougoslave durant les premiers mois du conflit en Croatie et en Bosnie (notamment dans la vallée de la Drina), l'organisation planifiée du massacre de masse de Srebrenica, enfin la chaîne de commandement dans les exactions méthodiques au Kosovo ne relèvent plus d'hypothèses hasardeuses ou de dénonciations militantes : ce sont des faits attestés par des traces, des témoignages, des documents irréfutables. La volonté qu'a le solitaire P. Handke de briser ce qu'il considère comme le consensus du « prétendu monde », le désir qu'ont les pétitionnaires de résister à ce qu'ils perçoivent comme des courants dominants, l'importance que tout penseur accorde au doute dans les opérations du jugement ne délivrent personne du devoir de vérité.

L'écrivain insiste sur sa qualité de témoin. Le mot n'est pas brandi au hasard. Il appartient à la littérature, mais aussi au vocabulaire de ces journalistes et de ces historiens que l'écrivain tient en piètre estime, à la langue de ces juristes dont il dédaigne le minutieux travail au TPIY. Il leur oppose un autre type de témoignage. Handke prétend émettre une parole apodictique, dont l'autorité trouve source dans son expérience intime. Fondée sur son art, cette autorité justifie toutes sortes d'affirmations sur les réalités de la guerre, sans qu'il soit besoin de les étayer par des arguments vérifiables et des éléments identifiables.

L'administration de la preuve et l'exigence d'exactitude, qui sont les conditions de la crédibilité du témoignage devant la justice, n'ont pas leur place dans ce système. Ce témoin n'est plus quelqu'un qui rencontre l'histoire parce qu'il a assisté au crime ou vécu l'événement. Il élit lui-même le lieu, le moment et les personnes sur lesquels portera son témoignage, élaboré et utilisé au gré de ses propres convictions. Sa force découle de sa faiblesse. « Je ne sais pas la vérité », répète P. Handke avant d'énoncer de sonores contrevérités. Dans Libération (du 10 mai), il prétend que les casques bleus français ont surtout souffert des « tireurs musulmans », sans preuve, et que les habitants de Grbavica étaient « assiégés » par l'armée bosniaque, alors que ce quartier à majorité serbe restait relié aux forces bosno-serbes de Pale. Il met en balance la cinquantaine de civils et militaires tués à Kravica, le 7 janvier 1993, sous la responsabilité du commandant bosniaque Naser Osic (déféré depuis au TPIY), avec l'exécution de près de 8 000 individus autour de Srebrenica, dont un millier le 13 juillet 1995 dans un entrepôt du même village, sous l'autorité du général Mladic (qui court toujours). Du même coup, il certifie que Milosevic « n'était pas un dictateur », qu'il ne saurait être traité de « bourreau », ni même appelé « apparatchik » ou « opportuniste », bien que ces épithètes lui soient couramment attribuées, y compris à Belgrade.

La fiction a certes tous les droits. Elle ne tolère aucune loi et n'obéit à aucune bienséance. Elle peut même rendre manifestes des vérités qui échappent aux historiens. En revanche, elle ne peut écrire l'histoire contre le récit des survivants, contre l'évidence des archives et la matérialité des charniers. Handke interprète l'idée que son héros ne puisse échapper au jugement des historiens comme le produit d'un « langage (...) non seulement mensonger, mais éhonté ». Malheureusement pour lui, ce jugement est déjà solidement établi et les chercheurs ne feront probablement que compléter le tableau.

Milosevic restera dans l'histoire comme l'un des principaux coupables pour les dizaines de milliers de morts, les centaines de milliers de blessés, estropiés et réfugiés (parmi lesquels bon nombre de Serbes) lors des guerres qu'il a déclenchées en Bosnie, en Croatie et au Kosovo. Tout comme Handke demeurera dans nos lectures le grand écrivain fourvoyé qu'il est. Fallait-il donner la main et prêter concours à l'homme qui pleure la dépouille du meurtrier à Belgrade, alors qu'à Potocari les tombes des égorgés et des fusillés sont encore fraîches ? C'était la liberté de Marcel Bozonnet de le refuser. C'est aussi l'honneur de la maison qu'il dirige et une preuve de vitalité du théâtre tout entier que d'avoir résonné de cette question-là.

Jean-Louis Fournel et Emmanuel Wallon

Écrit par : V. Valmont | 26/05/2006

Même BHL-oui, vous avez bien lu, BHL (vous savez, celui qui s'était écrié à l'époque "adieu Régis"! car Régis Debray aussi avait fait l'objet d'une chasse aux sorcières car il s'opposait au bombardement de la Yougoslavie par l'OTAN) a déploré l'attitude de Bozonnet : c'est tout dire!

Écrit par : M de Mun | 02/06/2006

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