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19/06/2006

Daniel Oster Rangements

medium_oster.2.gifEn exergue à ce livre Daniel Oster cite R. Barthes « Tout à coup, il m’est devenu indifférent de ne pas être moderne » Oster, hélas disparu se sent étranger à notre époque : votre conception du monde, je le sens bien m’exclut. 

Rangement est une sorte de journal intime mais pour lui un « vrai » journal « intime » serait constitué aux trois quarts de notations qui n’ont d’intérêt que pour soi (...). C’est plutôt un recueil de notes,  extraits de livres. Grand lecteur de journal intime : Bloy, Queneau, De Mann, Gide, Valéry, A.O. Banabooth, Léautaud, Eliade, Barthes, Barbey d’Aurevilly, Kierkegaard,etc, il nous fait part de ces réflexions sur ce genre littéraire. Le langage de l’intimité persuade d’emblée, échappe sur le champ à toute vérification, c’est la violence à l’état pur. Le plus despotique des discours vrais. 

En fait dans ce livre, ce sont presque uniquement des réflexions sur la littérature et Dieu ; d’ailleurs pour lui, tout cela est étroitement lié. Il y a deux sortes d ‘écrivains : ceux qui ont lu la Bible et qui ont lu Dante, les autres, (...). La littérature fut encore au XIX° l’ombre portée de l’Ecriture Sainte (...) Elle n’est plus aujourd’hui que l’ombre d’elle-même, ombre d’une ombre.(...) L’idée même de Dieu les gêne, leur fait obstacle. Sans Dieu leur ego irait mieux, serait plus expansif, se dilaterait comme un gaz dans tout l’espace possible, enfin libre.

La littérature a ainsi évolué  A partir des années soixante on voit apparaître des écrivains non lettrés.  La critique ne s’en sort pas  mieux ; dans des émissions radiophoniques comme le  Masque et la plume  :  renvois  d’ascenseurs, aucune analyse, chacun tire en public les bénéfices de son pouvoir

09/06/2006

Renaud Camus, « Rannoch Moor - Journal 2003 »

La sortie d’un livre de Renaud Camus constitue pour moi un évènement. Elle devrait l’être aussi pour la critique littéraire mais hélas elle semble l’ignorer ;  pourtant Renaud Camus est certainement l’un des plus brillants styliste de notre époque. Mais de nos jours, une oeuvre est dite bonne ou mauvaise au regard de la morale, des valeurs de notre époque.  « Je déteste mon époque, j’ai horreur de la classe qui y occupe tous les emplois, je trouve l’état de la société intolérable et les valeurs qu’elle chérit le plus fort me soulèvent le cœur. Il aurait été bien étonnant que l’époque, la classe unique aux affaires et la société en place aillent me chercher pour me faire fête. » Hélas les critères de l’esthétique de la langue ne compte plus. De ses écrits on n’a seulement retenu une phrase sortie de son contexte et de plus amputée. 
 
Son journal est toujours aussi volumineux, aussi dense (814 pages) ;  il n’hésite pas à exposer les moindres détails de sa vie jusqu’aux pensées les plus intimes sans s’épargner. Et s’exposer à notre époque comme le fait Renaud Camus, c’est prendre un risque. Il aborde même les relations avec ses amis comme Finkielkraut et Pascal Sevran, ses problèmes d’argent, ses contrats avec ses éditeurs.

Cette année une large place est consacrée à son voyage en Ecosse,  d’où le titre Rannoch Moor emprunté à un coin d'une lande écossaise, où il nous fait découvrir ces jardins, villages, châteaux, maisons d’artistes, églises et ses souvenirs de jeunesse. Renaud Camus aime les vastes étendus parsemées de toute architecture qui puisse enlaidir le paysage.

Pour ceux qui ont l’intention de voyager en Ecosse, ce livre constitue assurément un bon guide certes très subjectif mais néanmoins très libre(L’index des nom de lieux que ce soit des hôtels, restaurant, châteaux, etc, est fort utile). Quelquefois ses considérations historiques sur ces lieux ressemble hélas trop à un guide historique.

Il nous fait part de  ses lectures :  Tocqueville mais aussi Hobbes, Sterne et Platon dans le texte original.

Ce qui est le plus intéressant dans ce livre ce sont toutes les réflexions sur la déliquescence de la société, la dégradation de langue et les mutations du vocabulaire. On n’ose plus nommer les choses, on ne peut plus dire toute vérité factuelle qui ne convient pas à l’idéologie dominante. Renaud Camus écrit dans une langue admirable ce qu’on ne peut  plus penser. 


 

Renaud Camus, « Rannoch Moor - Journal 2003 » (Ed. Fayard)

17:05 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : Littérature