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06/11/2006

Marcella MALTAIS Notes d'atelier

Marcella Maltais dans cet essai remarquable d'intelligence et de clarté procède à une mise en accusation explosive de l'art contemporain dont voici un extrait pris au hasard.

ART ET POUVOIR IMPOSTURE DE LA MODERNITE


L'art dit "de rupture" ou "d'avant-garde", sera toujours encouragé par le Pouvoir, car contrairement à ce qu'on cherche à nous faire croire, cet art ne dérange absolument rien ni personne. (Picasso ne derange pas. Les impressionnistes dérangent encore.)
Cet art va dans le sens du commerce, de la nouveauté du gadget, de la médiocrité (...)
Ce genre d'art, relié à une esthétique de la laideur dépourvu de tout esprit religieux, de tout sens et tome globalité, sera prôné et popularisé au détriment d'un art de la Beauté, de la Totalité de l'être. Cet art de la Beauté et de la Globalité est celui qui gène vraiment. Il invite à réfléchir, à se poser des questions, à refuser les idéologies artistiques acquises. Si, par hasard, cet art était montré en force, il ne pourrait que renverser les valeurs officielles proposées à l'idolâtrie des foules, tout au moins les mettre en ballottage. Alors, on ne le montre pas.
Il faut en prendre son parti, jamais l'Etat ne s'intéressera à l'art réel, car ce n est pas là sa fonction. Et les lobbies d'argent proches du Pouvoir feront en sorte que la vitrine demeure ce qu'elle est : du commerce, de la publicité, des réseaux de circulation du capital.
Rien à voir avec l'art.
COMMERCE ET RUPTURE
L'idéologie du "modernisme avant-gardiste", c'est-à-dire le culte d'une rupture permanente, est typiquement commerciale. C'est le même matraquage publicitaire que celui qui pousse à changer de modèle de voiture tous les six mois et de système de son aussi souvent : ça fait marcher le commerce.
Les grands musées et le pouvoir culturel emboîtent le pas. Et on nous donne à voir, sous prétexte de nouveauté et d'avant-garde, les nullités les plus éculées, les plus répétitives. Autrement dit, on "pompiérisme" les recherches techniques qui se sont pratiquées au début du siècle. (...)

Tout art qui a un sens sera qualifié de rétro, de démodé, de classique sans intérêt, et il sera rejeté. Car il pourrait troubler le triomphe de la vacuité moderniste.

Je pourrai citer tout le livre tant ses notes sont remarquables de clarté, de synthèse, de sens, de lucidité. Peintre elle-même, Marcella Maltais sait de quoi elle parle puisque son initinéraire l'a conduite de la peinture abstraite à la peinture figurative. Elle met aussi en corrélation l'abandon de la spiritualité et du sacré avec cet art devenu superficiel et de plus en plus éloigné de la beauté.

Pour elle la peinture est un chemin, un moyen de connaissance, une ascèse. Les œuvres n'en sont que la trace, le résidu alchimique… La peinture n'est pas le sujet ou l'absence de sujet : la peinture, c'est la lumière… Incarnée par la couleur, la lumière est aussi la finalité de l'œuvre.

MALTAIS Marcella, Notes d'atelier, Écrits des Hautes-Terres, coll. " Calepins ", 2006, 114 p

17:05 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : art, littérature

Commentaires

Rien qu'à la lecture de ce petit commentaire, je suis comblé d'aise...

Au chaud mon cœur!

PS: mon site est en cours de construction et mes toiles ne sont pas encore visibles...
Mais ça ne saurait tarder!

Ou puis-je acheter ce précieux bouquin?

Écrit par : Daniel D. | 06/11/2006

Ce livre a été édité au Canada. Je pense que vous pouvez le commander dans une librairie.

Écrit par : Fabrice Trochet | 06/11/2006

J'aime bien la dernière citation extraite du livre. L'analyse faite semble-t-il sur la peinture, peut s'adapter à la littérature également. Subsiste néanmoins la crainte d'avoir versé nous tous dans ce qu'on a identifié comme déviance, subsiste le pressentiment d'avoir échoué à transmettre la lumière, l'humiliation de n'être qu'un vulgaire média vulgaire. Comment être sûr de n'être pas tombé dans la tentation d'être un produit pour consommateurs de culture, comment être sûr que ce n'est pas l'ivresse de nous même qui nous motive ? Par bonheur, je pense que l'humiliation née de cette lucidité portée sur sa propre vulgarité, permet le salut et l'expression de la grâce.

Écrit par : Maximilien FRICHE | 06/11/2006

Bonjour, Fabrice !

Je suis allée le lire hier, grâce à ton lien. Mais je peux commenter ici, et par goût de la petite polémique j'ai envie de remarquer que son discours m'a l'air bien quand même bien généraliste et peu argumenté. C'est un pamphlet plus qu'un essai, non ?

En revanche, et comme tu le sais, je partage cette pensée sur l'art commercial, dominant, mais également, et comme tu le sais aussi, je n'accorde pas à la seule figuration et aux médiums classiques le privilège du mérite, ou celui de l'appellation :-)

Question : Evoque-t-elle Jean Clair ? L'ancien directeur du musée Picasso qui avait organisé, l'an dernier, l'expo Mélancolie, s'attachant à la figure, et ayant suscité de nombreuses et passionnantes controverses.

Amicalement. Cosmic.

Écrit par : Cosmic Dancer | 07/11/2006

Bonjour Cosmic,

Il y a une partie polémique mais aussi une partie où elle évoque son cheminement.
Ce sont des notes de son journal. Elle évoque sa propre expérience. Ce n'est pas vraiment un essai. C'est personnel ; j'aime ce type d'écriture.
Ce livre a été initialement publié en 1991 donc elle n'évoque pas Jean Clair. Comme elle est canadienne elle parle plutôt de son pays.

Elle dit aussi et tu en avais parlé " Comme chacun sait, il y a toujours eu, dans tous les pays du monde, de la bonne peinture figurative et de la mauvaise, de la bonne peinture abstraite et de la mauvaise."

Écrit par : Fabrice Trochet | 07/11/2006

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