Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

23/05/2007

La génération lyrique, François Ricard

525e18503ce904081adcbebd0cdee4ce.jpegRelu La génération lyrique de  François Ricard. Noté ce passage intéressant qui reflète  pertinemment notre époque fascinée par la jeunesse et cette idéologie du mouvement. François Ricard démontre très précisément pourquoi le pouvoir économique soutient très facilement les idéologies contestataires.

C'est pourquoi les idéologies lyriques même les plus “ dures ” et les plus  ouvertement contestataires, quand on les replace dans leur contexte général et qu'on voit leur effet ultime dans la vie et dans la pensée, apparaissent en réalité comme des idéologies de consentement et non d'opposition, d'obéissance plutôt que de révolte. Daniel Bell et Gerald Graff ont bien analysé cette logique à propos de l'avant-garde littéraire et artistique. À partir du moment où l'économie capitaliste,

pour continuer à se développer, n'a plus besoin comme autrefois d'un milieu encadré par des valeurs et des traditions qui en assurent l'ordre

et la stabilité, mais qu'il lui faut au contraire une société éminemment mobile, malléable, “ ouverte ” au changement continuel et prête sans

cesse à rejeter ce qu'elle a en faveur de ce qu'on lui offre, toute idéologie prônant le renouveau incessant et l'abandon des modèles anciens,

toute avant-garde fascinée par la subversion et l'“audace ” cesse de la menacer et devient bel et bien son alliée. L'ancienne inimitié qui opposait le poète ou le révolutionnaire à l'univers des marchands et des“ épiciers ” le cède ainsi à une complicité fondée sur le même besoin  de “ transgression ”, le même refus des “ limites ”, le même oubli du  passé, c'est-à-dire la même vision d'un monde débarrassé de contrainte et infiniment léger. 

Certes, avant-gardistes et idéologues lyriques continuent d'affecter un mépris copieux pour les barons de la finance et autres «  salauds ». Ce pli, qui leur vient de leurs devanciers, est une autre attitude typiquement néo. C'est également une façon commode de ne pas voir la collaboration qui les lie “ objectivement ”, comme disaient les marxistes, au progrès de l'économie de marché, et donc, en faisant taire leur mauvaise conscience, d'y collaborer encore plus activement. Quant au mépris inverse, celui du marchand d'autrefois qui voyait dans l'artiste ou dans le “ novateur ” un réfractaire et un corrupteur de la  jeunesse, il ne cesse de s'atténuer et fait place à une acceptation et même à une admiration qui seraient tout à fait réjouissantes si elles n'étaient  les plus intéressés des sentiments. Car le capitalisme avancé, ainsi qu'on se plaît à désigner notre modernité économique, a très bien compris tout le parti qu'il peut tirer de la fièvre avant-gardiste et de la perpétuelle remise en question des valeurs, tout comme il profite directement de la domestication de l'État et de la banalisation du politique. Que peut-il souhaiter de mieux que de trouver devant lui une société libérée des vieux tabous, déprise de toute fixation sur le passé, uniquement occupée de son bonheur et, selon le mot d'ordre rimbaldien, de la poursuite incessante “ du nouveau ” ?

 

La génération lyrique, François Ricard 7,9 € ici

16:30 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : Littérature

Commentaires

On pense, en lisant ceci, à l'art dit "contemporain" dont le recherche stylistique, prétendant bousculer les ordres établis, ne doit sa diffusion qu'au soutien d'élites fricées, intrinsèquement conservatrices, et de la spéculation qu'elles en font.

Écrit par : edmont | 23/05/2007

Merci, Fabrice, de me remettre en selle pour la lecture de ce livre salvateur : je l'avais interrompue il y a quelques mois et l'ouvrage s'était fait doubler par nombre d'autres. Je m'y attelle à nouveau.
Je ne résiste pas au plaisir de livrer, au hasard, un des passages que j'avais relevés, en pleine crise du CPE.

"Si l'on voulait résumer la conscience étudiante des années soixante, qui elle-même résume ou cristallise d'une certaine manière la conscience de toute la jeunesse de ce temps, et surtout de cette fraction "avancée" de la jeunesse que constitue la génération lyrique, on en reviendrait toujours à cette image de soi que j'essaie de préciser depuis le début : innocente, souveraine, envahissante, imprégnée de la conviction plus ou moins consciente, mais si profondément ancrée qu'elle en devient comme instinctive, de former non seulement un monde à part, une autre société dans la société, mais un monde plus pur et plus vrai, une société meilleure et qui, par conséquent, a le droit (ou le devoir) de ne pas s'intégrer et de bénéficier de tous les égards. D'être et de demeurer, en somme, les enfants de la lumière, les porteurs de la régénération du monde."

Rappelons que ce livre a paru en 1992 au Québec.

Écrit par : paratext | 24/05/2007

Oui il y a quellques passages toujours d'actualité et peut-être encore plus qu'à l'époque où a été écrit ce livre.

Écrit par : Fabrice | 24/05/2007

Les commentaires sont fermés.