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22/09/2007

André Blanchard, Contrebande

723b6807d572860a714d84a6e2defd19.jpegJ’avais déjà eu l’occasion de lire Impasse de la Défense de cet écrivain découvert grâce au Matricule des anges qui lui avait consacré un dossier. C’est d’ailleurs aussi avec cette revue que j’ai découvert Marcel Moreau qui me semble être un grand écrivain. Il faudrait que lui consacre une petit note.

Le dernier livre d’André Blanchard est paru  aux éditions Le Dilettante, ce qui peut lui permettre d’atteindre un plus large public.

Ce que j’aime dans ces pages souvent perspicaces, quelquefois injustes, c’est l’incroyable liberté de ton et de pensée.

Injuste, il l’a été avec Renaud Camus qu’il qualifie d’écrivain minus.

André Blanchard n’hésite pas à dénoncer les fautes de syntaxes, les supercheries même chez de grands écrivains. Ainsi Suite française  « ce livre sur juin 1940, publié aujourd'hui par sa fille qui sauva le manuscrit, fut écrit sur le vif et dans une urgence prémonitoire : Némirovsky arrêtée en juillet 1942, mourut un mois plus tard a Auschwitz. Qu'est-ce donc qui chiffonne? Eh bien ce début de phrase, page 197 : «Lorsque

la seconde Grande Guerre du siècle dernier éclata»... C'est énorme en effet, comme si une main - celle de sa fille? - était passée par là afin que les idiots du XXI° puissent suivre ! »

 

 

Ce qu’il déteste tout comme moi, c’est l’imposture de ces subversifs qui ont des « arrières assurés ».

Athée, il avoue que le meilleur « journal qui informe sans pécher contre les faits, qui paie sur la réflexion plutôt que sur les petites querelles (...) c’est La Croix.  »  André Blanchard aime le pluralisme des idées, la diversité des opinions, ce qui devient de plus en plus rare à notre époque  « La plupart choisissent comme journal celui

où ils peuvent lire ce qu'ils pensent. C'est de la paresse, qui rassure. Il faut aller vers le journal qui est à l'opposé de nos opinions, afin d ‘asticoter celles-ci(...) » Il déteste les donneurs de leçons « (...), c'est bien une posture de privilégiés, pour qui les fins de mois ne sont jamais à l'arraché, de s'étonner et se scandaliser que des

gens qui vivent mal votent mal. »

 

La littérature dans ces notes y a la part belle, et surtout les écrivains de journaux intimes, un genre que j’apprécie moi aussi.

Quelques notes :

« Ce François Bon, qui plume en main ne l'est  pas tant que ça, est en passe d'être le plus grand

rapace de notre littérature, lançant des O.P.A. sur tout ce qui traîne la patte : chômeurs, S.D.F.,

illettrés, prisonniers, sans-papiers. Ses livres sont de vraies voitures-balais, avec, comme chauffeur,

un fonctionnaire de la récupération.

Ce qu'il y a de béni avec les pauvres, c'est qu'ils ne présentent jamais la facture. »

 

« Arrivent à la galerie pas mal de cartons qui sont invitations à des vernissages ; ça vient de

tout le grand Est, via des institutions redoutables comme les F.R.A.C. Là se niche la crème de l'art

contemporain dans toute sa panoplie de petit terroriste : installations, vidéomachins, peintures

conceptuelles. C'est instructif, à rebours : perdre nos repères, voilà à quoi on nous convie ; ça

facilite pour recruter les nigauds. Du moins cela permet-il de percer à jour ce qui assoit cet art,

c'est-à-dire la peur. Le public a peur de passer pour ridicule, et stupide, et vieux jeu s'il manifestait son incompréhension. Donc il se tait.

C'est tout ce que demande cet art; et, à la limite, peu lui chaut de n'avoir aucun public. Ne lui laisse-t-il pas comprendre qu'on n'est pas du même monde? »

 

André Blanchard, Contrebande carnets 2003-2005, Editions Le Dilettante

 

Commentaires

Les gens sont conformistes. Blanchard l'a bien compris.

Écrit par : Stephane | 23/09/2007

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