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24/04/2010

François Senten:Hommage à un grand écrivain méconnu, auteur des "Minutes d'un libertin"

François Sentein est mort ce 2 mars à Paris. Afin de lui rendre hommage, Valeurs Actuelles publie sur son site le portrait que Laurent Dandrieu lui avait consacré dans le numéro de "Spectacle du Monde" de décembre 2000. 

A ce jour seulement 4 tomes de ces "minutes" sont parus. Il reste, selon le dernier Valeurs Actuelles encore d'autres tomes à paraître. Il fut en 1954-55,  rédacteur en chef de La Parisienne.

 

SenteinEnfin exhumées, les "Minutes" de François Sentein révèlent un grand écrivain octogénaire. Qui nous rappelle que la tradition bien comprise est le meilleur tremplin du plaisir.

L'un des plus impitoyables clichés des conversations littéraires, depuis quelques décennies, tient à la croyance quasi mythologique en l'existence de grands écrivains cachés, fourbissant leurs chefs-d'œuvre dans quelque mansarde, à l'insu du public, des éditeurs et des critiques. Depuis qu'on nous l'assaisonne à toutes les sauces pour nier l'évidence du déclin littéraire présent, nul n'a jamais pu produire le moindre manuscrit de ces génies supposés. On a quelque répugnance à fournir à ces monstres de mauvaise foi un parfait exemple à l'appui de leur démonstration, exception dont ils auront beau jeu de confirmer leur règle - mais l'honnêteté du critique a son prix.

Livrons-leur donc en pâture le nom de François Sentein, écrivain quasi débutant de quatre-vingts ans, dont les éditions le Promeneur, grâce à la curiosité précieuse de Patrick Mauriès, publient aujourd'hui les deux premiers volumes (couvrant les années 1938 à 1943) d'un journal dont l'écriture s'est poursuivie jusqu'à aujourd'hui. Le premier tome, Minutes d'un libertin, avait paru en 1977 aux éditions de la Table Ronde dans l'indifférence quasi générale, bien qu'Antoine Blondin saluât « un très bel itinéraire spirituel qui se parcourt comme le roman le plus charnu ». Dans les années 1990, il n'y aura que les jeunes têtes folles de la revue Réaction, aiguillonnées par la fidélité de son ami Jacques Laurent, pour se souvenir de l'existence de ce journal et en publier quelques bonnes feuilles. C'est au moment où on n'espérait plus d'autre publication que parurent l'an passé un essai inédit, l'Assassin et son bourreau, aux éditions de la Différence, puis cette année, au Promeneur, les Minutes et les Nouvelles Minutes d'un libertin. Révélation bien tardive pour un écrivain dont on devine dès les premières lignes la grande race et la profondeur.

« Il ne doit pas y avoir de langue littéraire : le but doit être que ce que l'on écrit puisse être parlé, que ce que l'on parle puisse être écrit ; "tel à la plume qu'à la bouche", comme Léon Daudet nous le rappelle. » On pourrait croire, à le lire, que François Sentein est lui-même infidèle à cette exigence qu'il énonce, tant son style, à la fois dense et limpide, gracieux et naturel comme celui des écrivains du Grand Siècle, est éloigné du sabir qui se cause aujourd'hui. Mais s'il n'écrit certes pas comme on parle, il parle aussi merveilleusement qu'il écrit. C'est cette langue admirable, déjà parfaitement formée chez le tout jeune homme que nous révèle ce journal, qui captive d'abord dans ces Minutes. Puis viennent la profondeur et la liberté du propos, pas moins stupéfiantes chez un garçon aussi jeune. Croirait-on qu'il a dix-neuf ans, celui qui défend ainsi son étendard ? « Mon drapeau, d'abord on s'en drape - comme le porte-drapeau de Rembrandt ; on en joue en tête du défilé ; on l'emporte chez soi sur son épaule ; on s'y couche dedans, au lieu de le veiller comme un cadavre. Ce n'est pas un symbole abstrait, presque chimique, de trois couleurs, devant lesquelles on est prié de se monter le cou. On en a plaisir, car il est beau, comme l'était le drapeau blanc fleurdelysé. Le mien sera plutôt noir, semé de fleurs de lys d'or. Et puis, ce drapeau dans lequel on ne peut se draper appelle à ce qu'un jour on s'en torche. »

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