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28/03/2011

Satan à Paris Jean Genbach

arton15-75eb5.jpgErnest Gengenbach née en 1903 est l’homme d’un seul livre qui à travers différentes formes raconte l’expérience fondatrice : sa rupture avec sa vocation religieuse. Satan à Paris est un des plus beaux textes surréalistes, long poème en prose et en vers libres dont les accents font penser à Une saison en enfer.
Il a publié ses mémoires sous le titre L’expérience démoniaque un autre livre sous le pseudonyme de Jehan Sylvius en collaboration avec Robert Desnos La papesse du diable. Il a publié aussi L'abbé de l'abbaye, poèmes supernaturalistes. (Vu d’ailleurs dans une librairie un bel envoi de l'auteur dans lequel il s'estime être en parfaite adéquation avec cette phrase de Marcel Proust : " Il vaut mieux rêver sa vie que vivre son rêve".)
Après le suicide de René Crevel (1935) il quitte le mouvement surréaliste. Sa vie ne sera plus désormais qu’une déréliction maniaco-dépresive qui le ménera de retraites monastiques à la prison, puis de nouvelles reraites à l’asile. Il meurt le 16 décembre 1979 à Chateauneuf-en-Thymerais.

Ce prêtre défroqué racontera son expérience  dans une lettre qui sera publié en première page de La Revue  Surréaliste (N°5) Evidemment ses premières apparitions en soutane dans les séances du groupe surréaliste ne se font pas sans heurts.

Voici pourtant, en quelques mots, sa vie réelle relaté dans ce livre Satan à Paris

« Il y a plusieurs années j’étais abbé, séminariste en soutane, chez les Jésuites à Paris, dans le voisinage du Trocadéro. Souffrant douloureusement de vivre perpétuellement avec des mâles et des hommes dont l’habit sinistre me faisait toujours penser à des envolées de corbeaux dans les champs déserts en novembre ; souffrant aussi de ne pas avoir une femme toujours présente à côté de moi pour m’animer, je devins anxieux... J’eus l’occasion de faire la connaissance d’une jeune actrice de l’Odéon et fus invité avec elle au restaurant-dancing Romano de la rue Caumartin. Je m’achetai, pour cette soirée, un smoking à la Belle Jardinière... et j’allai en civil, au Romano, chose absolument interdite à tout abbé portant l’habit ecclésiastique. Le lendemain je fus renvoyé... Je vins me reposer chez moi à Plombières et y menai une vie assez mondaine, si bien qu’en pleine saison mon évêque m’interdit de porter la soutane et je dus défroquer.

Je me trouvai ainsi tout désorienté à vingt et un ans, au milieu de l’existence. Je me rendis compte très vite que j’étais perdu, sur le plan logique de la vie terrestre. J’avais trop subi l’empreinte ecclésiastique pour pouvoir m’adapter à un autre milieu.
D’autre part j’avais espéré une aventure amoureuse avec la jeune actrice de l’Odéon. Elle se retira. Je crois qu’elle eût aimé, par sadisme et perversité, devenir ma maîtresse si j’avais continué de porter la soutane, laquelle exerce sur certaines femmes un attrait morbide. Dès que je ne fus plus qu’un banal civil elle m’abandonna. (…)»

La préface de ce livre commence ainsi
"(…)Au xxe siècle, tout est glacial, automatique et sans âme. Et il semble bien que notre situation soit complètement désespérée. Aucune musique, aucune poésie, aucune caresse de femme, aucune légende ou croyance religieuse, rien, même pas le printemps, ni les bas de soie d’une jeune fille, ni la prière suppliante d’un enfant vers un ciel bleu inexorable, rien ne nous paraît assez absolu pour supprimer le cancer de l’angoisse.

Beaucoup ne veulent plus se regarder en face. Il faut se distraire du spectacle, avoir du flegme, vivre sans but et sans espoir. D’autres se contentent de solutions pragmatiques très faciles, certains cherchent instinctivement un abri religieux ; la plupart préfèrent s’illusionner et ne pas voir leur lèpre. Il y en a qui s’évadent de la cage : ils ont eu l’audace de penser jusqu’au bout ou de s’abandonner comme une femme aimante aux mouvements de leur cœur, passionnés et désespérés : ils n’ont pas voulu continuer leur chant de rossignol ou leurs cris de perroquet. (…)"

16:28 Publié dans Livre, religion | Lien permanent | Commentaires (0)

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