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26/09/2011

Nous sommes des zéros satisfaits -- Piergiorgio Bellocchio

Les Editions de l’Encyclopédie des nuisances continuent toujours la publication de livres se situant dans la critique radicale de la société industrielle, de cette société moderne. Cette fois-ci il s’agit de textes de Piergiorgio Bellocchio traduits par Jean-Marc Mandosio. J’avais eu avec ce dernier quelques échanges plus viesurterre.jpgou moins énervées qu’il a fait paraître dans sa revue « Nouvelles de nulle part » et aussi dans un de ces  livres « D’or et de sable » mais cela ne m’empêche pas d’apprécier cette maison d’Editions.


Piergiorgio Bellocchio a créé une revue Diario (« Journal » au sens d’un recueil de notes prises au jour le jour) . C’est ce qu’on retrouve dans ce recueil ; le journal, c’est un genre que j’affectionne plus particulièrement. Dans la préface Mandosio note que Presque tous ces textes ont pour point de départ une expérience vécue ou une observation personnelle. Ils tournent autour d’une question : comment les espoirs d’hier ont-ils pu devenir, presque du jour au lendemain, si « vertigineusement vides «  que la seule attitude digne au sein de ce désastre , pour ceux qui ne se résignent pas à la capitulation, est d’essayer de « limiter le déshonneur » ?

Tous ces textes évoquent plus ou moins un sentiment positif envers le passé en sachant bien que La nostalgie est le sentiment le plus malfamé, le plus intolérable aux yeux de la majorité des représentants de la culture actuelle comme le rappelle La Porta cité dans ce recueil par Mandosio. Filippo La Porta continue : La nostalgie de l'individu est peut-être la seule boussole, si minuscule soit-elle, capable de nous orienter dans le présent.

On y trouve des propos sur le bruit que ne renierait pas Renaud Camus.
Terrasse d’une pizzeria. Près des tables, un groupe d’adolescents  sur leurs motos arrêtés, moteur allumés. Toutes les dix ou vingt secondes, un coup de gaz. Le bruit couvre les conversations, impossible de se parler. L’air devient irrespirable. Au bout d’un bon quart d’heure, je hurle : « alors on y va ? » Deux ou trois d’entre eux se retournent, me regardent avec l’expression de qui n’a pas compris. J’explique : « Ou vous décidez à partir, ou vous éteignez le moteur. » Il faut deux minutes pour surmonter le choc, puis les jeunes gens décident de s’éloigner. Je les entends bougonner : « Quelle mentalité ! »
Mais aux tables aussi, la réaction est de surprise et de curiosité : personne  ne s’était aperçu de rien, personne n’avait été dérangé.

Sur le monde d’hier. Sa fille a fait des cauchemars après avoir vu à la Télévision Grands Cœurs.
Qu’est-ce qui lui a fait si peur ? Je crois pouvoir répondre : la misère. L’image d’une Italie, d’un monde trop pauvre. Enfants  pauvres, famille pauvres, maisons pauvres, vêtements pauvres (aucun des camarades de ma fille n’a l’air d’un pauvre, ils ont tous le même aspect)Même le maître d’école est pratiquement un pauvre. Mais le riche aussi, dans ces maisons sans réfrigérateur ni télévision, sans salles de bains resplendissante de céramiques(…)
Cette ville sombre, sans automobiles, sans néons…Inconcevables, inacceptables.
(…)
Le soupçon que, voici à peine quelques générations, la vie était vraiment comme ça, suscite évidemment une terrible peur qu’elle puisse redevenir telle, malgré les temps merveilleux que nous traversons.

Sur les achats de livres
Mes rares achats, je les fais presque uniquement aux puces, dans quelque vieille librairie un peu négligente en matière de retours, ou bien chez les soldeurs.
En ces lieux comme ailleurs, 99% de la marchandise est de la cochonnerie, invendue parce qu'invendable : d'innombrables petits monuments – des pierres tombales – où la vulgarité et l'ignorance, l'insanité et l'escroquerie, qui se seraient bien contentées de faire illusion pendant une seule saison (le temps d'épuiser le tirage), sont condamnées à une embarrassante durée. Ce sont des lieux de justice où les auteurs et les éditeurs expient leur vanité, leur imprévoyance, leurs ambitions ratées.
(...)
Il est néanmoins possible de faire dans ces cimetières quelques rencontres nettement plus agréables que celles qu'offrent les librairies, au-delà de leur avantage économique. Il s'agit de livres dont on ne m'inflige pas la publicité dans les journaux, dont je n'entends pas parler à la télévision, et dont je n'ai pas à lire les honteux éloges écrits par des critiques qui font semblant d'en rendre compte.

16:39 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

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