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03/12/2013

« En ces temps de tromperies !… »

Cela fait plusieurs semaines que je reçois chaque matin sur ma boîte e-mail  le Contrarien Matin le décryptage quotidien, sans concession, humoristique et sarcastique de l'actualité économique. L'édito quotidien de Charles SANNAT est souvent plein de bon sens et très pertinent. Je vous livre ici l'édito afin de vous en donner un petit aperçu:

 

 

 

"Nous vivons dans des temps de grandes tromperies. Pour ceux qui ne l’auraient pas vu, j’ai mis dans l’édition du Contrarien Matin d’aujourd’hui un article consacré à la manipulation de l’interview de Mélenchon par TF1 où il intervenait en direct de sa manifestation. Peu importe qu’il s’agisse de Mélenchon, peu importe qu’il s’agisse de TF1, peu importe le sujet de ladite manifestation. Tel n’est pas mon propos. Mon propos concerne ces temps de tromperies dans lesquels nous vivons et que nous subissons. Seul le scepticisme, la mémoire des choses, et le fait de prendre le temps pour ne pas céder aux sirènes de l’immédiateté peuvent nous permettre de voir les choses plus clairement.

Alors oui, ON nous façonne la réalité, ON nous montre ce que l’on doit voir ou ce qu’ON souhaite nous donner à voir, avec un objectif : celui de façonner notre pensée.

Cet exemple du bidonnage de l’interview de Mélenchon matérialise l’ensemble des accommodements de certains avec la réalité, avec la Vérité.

Que s’est-il passé ? Rien de grave en soit. Mélenchon se place dans une rue où il n’y a personne avec une trentaine de figurants tenant drapeau et banderole, la caméra filme en plan serré pour faire croire à l’immensité de la foule et à la spontanéité de celle-ci… Le problème c’est que ce n’est pas la manifestation qui est filmée mais une autre réalité. Alors la question c’est que souhaite-t-on cacher ? Certes c’est une bonne question, et elle est légitime. Que veut-on cacher pour en arriver à une mise en scène. Mais il y a encore plus grave. Comment en est-on arrivé à cette multitude de mises en scène et sur tous les sujets ? Nous sommes dans le storytelling permanent, comme les anglo-saxons appellent cela. Il ne s’agit plus de rendre compte d’un événement, de faire part de la vérité et pour certains comme les éditorialistes d’analyser avec un point de vue pouvant être revendiqué comme partisan, non, il s’agit de transformer la réalité et la vérité en histoire, afin de mieux raconter des histoires.

Nous sommes dans des temps de tromperies. Parfois, le masque du mensonge se craquelle et, à travers, nous apercevons ce que l’on veut nous cacher ou les méthodes utilisées pour nous mentir. Mais invariablement, nous préférons retourner dans le confort rassurant de notre salon, affalé sur le canapé pour notre séance de lobotomie collective devant un écran tout plat dont les derniers modèles, soit dit en passant, sont « connectés » et font parvenir à qui de droit vos usages télévisuels, vos habitudes programmatiques et, sans doute, bientôt, quand il y aura une webcam dans votre écran aussi plat qu’une limande, une image de vous en temps réel, amorphe devant votre télécran à la 1984 d’Orwell. Pour vous sentir en sécurité ou être sûr d’être en sécurité, nous n’hésiterons pas à exiger de nos zhommes politiques qu’ils passent des lois pour qu’à partir de 21 heures, tout le monde soit devant sa webcam afin que la police de la pensée puisse contrôler les absents et les présents, les absents étant dès lors envoyés dans les prisons de ministère de l’Amour…

Bref, je m’égare, quoique finalement sans doute pas tant que cela. Je voulais vous parler à nouveau du chômage, qui est un vrai fléau. Enfin non, ce qui est un fléau n’est pas tant de ne pas travailler que de ne pas gagner d’argent. Personnellement, être payé (mais bien) pour ne rien faire ne gênerait pas grand monde. Non, ce qui est embêtant c’est la misère que le chômage génère, puisque le travail reste le mode majoritairement écrasant de répartition des richesses. Sans travail… point de ressources réelles.

Aujourd’hui, je voulais vous parler du chômage et des mensonges autour de ces chiffres. De la même manière que l’on filme Mélenchon tel que l’on veut que nous le voyions, on compte les chômeurs de la façon dont cela arrangera le système. Et n’imaginez pas que je parle du système français. Hélas, non. C’est un système européen, un système global, un système mondial ou les chefs d’État ont plus de points communs entre eux qu’avec leur propre peuple qu’ils considèrent bien tous comme des menaces potentielles à la protection de leurs intérêts.

Il n’y a point besoin d’invoquer ici quelque théorie du complot que ce soit. Non, il y a juste la convergence d’intérêts financiers et d’intérêts de pouvoir. C’est une caste minoritaire dont les intérêts transcendent les clivages nationaux afin d’affronter la classe majoritaire et de poursuivre une domination.

Alors on abrutit les masses, et on façonne la réalité à sa convenance afin de fabriquer le consentement des moutons qui attendent bien sagement que le loup les dévore. On ment, on triche, et on truque les statistiques comme on le faisait dans l’ex-empire soviétique. Chaque année, le camarade Staline fixait des objectifs encore plus ambitieux de production d’acier et de blé. Chaque année, les objectifs étaient dépassés brillamment grâce au « stakhanovisme » des gentils camarades-moutons et chaque année ces mêmes camarades avaient encore moins de voitures à acheter et moins de pain à manger.
Je me souviens gamin de ce reportage sur les reportages à la télé soviétique ! Les agents du KGB, en poste à l’Ambassade d’URSS à Paris, filmaient les immenses files d’attente devant les boulangeries du 16e arrondissement le dimanche où tous les huppés de la capitales allaient acheter religieusement leur éclair au chocolat et autres fraisiers pour agrémenter le repas dominical. Emballer tous ces gâteaux cela prend du temps. Du coup, il y avait de belles queues, ce qui donnait comme analyse à la télé soviétique : « À Paris, la situation des Français est toujours aussi dramatique. Dans les rues de la capitale française, les restrictions ont encore été augmentées et des queues immenses se forment devant chaque point de distribution de pain. Cela montre l’échec de l’économie capitaliste et l’indispensable nécessité de poursuivre sur la voie du socialisme soviétique, seul moyen de permettre à tous un avenir prospère… » Ne rigolez pas. Ce que je viens de vous raconter est réel.

Sauf que ce qui nous faisait sourire de la part de Russes cherchant à camoufler l’effondrement de leur système prête nettement moins à sourire lorsque l’on se rend compte que nous en sommes globalement au même point. Et nous sentons bien d’ailleurs que ce système est à bout de souffle et c’est lorsque les systèmes se rapprochent de leur point d’effondrement que les mensonges deviennent plus grands et plus nombreux."

 

Ceci est un article ‘presslib’, c’est-à-dire libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Le Contrarien Matin est un quotidien de décryptage sans concession de l’actualité économique édité par la société AuCOFFRE.com. Article écrit par Charles SANNAT, directeur des études économiques. Merci de visiter notre site. Vous pouvez vous abonner gratuitement www.lecontrarien.com.

18:48 Publié dans médias,, Web | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

nous sommes entrés de plain-pied dans le monde orwellien et je ne suis pas sûr que tout le monde s'en rende vraiment compte, même parmi ceux qui pensent être à la coule.

Écrit par : Paul-Emic | 05/12/2013

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