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29/08/2011

Michel Host Carnets d'un fou

Lecture des carnets d’un fou de Michel Host, toujours aussi passionnant. Des éditeurs ont refusé de publier ces textes ; pourtant ces notes  mériteraient un format papier ; seule solution à notre époque : Internet.
Michel Host allie son talent littéraire avec la profondeur de ses notes. Un vrai régal de les lire.  Ses réflexions rejoignent souvent les miennes, des réflexions que l’on ne peut presque plus formuler à notre époque remplie de tabous.

Quelques extraits :

« #  L'épiscopat bordelais ne souhaite pas la proximité avilissante (*) d'un  festival de l'érotisme durant  les fêtes pascales. Il est débouté par les tribunaux de  la République de sa demande de remise dudit festival à une date ultérieure. Si la mosquée ou le Temple formulaient la même exigence, ils auraient gain de cause. Haine de soi !

(*) Non que l'érotisme soit avilissant, mais on sait à quel rang l'inculture et la vulgarité contemporaines ont ravalé Eros. »

« #  Le Figaro du 21 avril. Le bloc-notes de Max Clos. Ce dernier, qui ne passe   pas pour homme de gauche, rapporte des faits: au cours de ces "journées d'appel de préparation à la Défense" qui se substituent désormais au service militaire obligatoire, dans les centres de l'armée où l'on a réuni jeunes gens et jeunes filles, fut mis à leur disposition "un journal, « D.D.J. » - Droits des jeunes -, édité par le ministère de la Jeunesse, avec la participation, entre autres, de Libération et L'Humanité hebdo". (Citation)

Que, selon Max Clos, ces jeunes lecteurs promis aux tâches de la défense de la nation puissent trouver dans ce document un "éloge du Pacs" suivi d'une "condamnation du mariage", cela va de soi dans  le monde où nous vivons, où tout engagement de quelque force doit s'accompagner des indispensables clauses ménageant de futurs dégagements : ne sois attaché à rien ni à personne, sois libre comme feuille au vent. Qu'ils y découvrent des "conseils sur la façon de ne pas payer son loyer" et y apprennent "comment refuser de présenter ses papiers à un policier...", cela est d'un autre ordre, relève de l'anti-civisme et d'une conception victimaire et irresponsable de la jeunesse. Droit du non-droit. Insulte à cette jeunesse et étrange déviation anti-républicaine, qui se comprennent néanmoins dans une société où les valeurs républicaines passent pour rétrogrades. Dans plusieurs centres militaires, on a refusé de diffuser le journal en question.

Jusqu'où le ver est-il entré dans le bois de l'arbre? Outre un ministère à la source de telles déviations  - Mme Buffet, ministre de la Jeunesse et des Sports (elle est communiste... étrange retour au vomi de l'anarchie!) a apposé ici sa signature - ; on y trouve les associations "recommandées" de toujours : MRAP,  SOS-Racisme, Licra et Ligue des droits de l'homme... Droits de l'homme fort amplifiés, convenons-en : ne payez pas votre loyer ! Ne montrez pas vos papiers aux représentants de l’ordre ! Selon moi, on a encore manqué de fermeté, on n'est pas allé jusqu'à "ne payez pas vos impôts."

25 / IV

¤  Ces aberrations de la pensée – et ici de l’action -  étonnent encore. En la circonstance, des Athéniens, des Lacédémoniens, des Romains du temps de la République eussent cru mourir de honte et condamné les initiateurs de telles dérives aux galères, ou à être précipités du haut de la roche tarpéienne… Non qu’il faille un ordre à tout prix, un essor du punitif sans mesure, un encasernement des esprits, cela nous l’avons compris depuis longtemps, mais oui un sens moral intime, une honnêteté à l’égard de soi-même et de la collectivité. D’un fruit pourri personne ne mangera, il finira dans la poubelle. »

Pour lire ces notes allez ici

11:16 Publié dans Blog, Livre, Web | Lien permanent | Commentaires (3)

04/08/2011

Le spectacle est devenu « la meilleure des polices »

arton12570-aea95.jpgEn exergue de ce livre figurent deux belles citations de Guy Debord et Jean-Claude Michéa particulièrement bien choisies. L’auteur est très curieux à  voir l’abondante bibliographie (Jean-Pax Méfret, Murray, Michéa, Debord, Debray,Raymond Boudon, etc) ; ce livre est donc particulièrement intéressant car il s’attaque à de vrais sujets, de vrais problèmes.
Selon l’auteur, le lien est évident entre Murray et Debord ; « l’ordre spectaculaire et festif a pour conséquence (…) la disparition du réel . La " société hyperfestive " apparaît comme l’aboutissement de " la société du spectacle "».
Ce livre est une violente et véritable attaque contre le libéralisme mais sous un angle plutôt proche de Michéa que de Besancenot.
 « (…) dans la société libérale, aucun vice ne doit en lui-même être à priori réprimé (…) Par ailleurs, et pour en revenir au présent , un taux relativement élevé de criminalité ne nuit pas au bon fonctionnement du « système libéral », au contraire. Prenons un exemple contemporain avec les émeutes urbaines : les voitures brûlées doivent être remplacées, les vitrines brisées réparées, etc. Et, comme le note avec ironie le philosophe Jean-claude Michéa dans L’emprise du moindre mal, le « système libéral «  dans sa grande ruse, a su aussi produire en parallèle toute « une industrie de l’excuse, voire de légitimation politique », se proclamant de gauche ou d’extrême gauche, mais en fait culturellement et politiquement libérale : « C’est le travail habituellement confié aux rappeurs, aux cinéastes « citoyens » et aux idiots utiles de la sociologie d’Etat. »

Il aborde ensuite le milieu du showbiz avec le politique et la corruption.

Il conclue ainsi « (…) Chaque époque a ses tabous et son idéologie dominante. Sous l’Ancien Régime, l’Eglise catholique » aujourd’hui « son influence a bien pâli » (…) le dieu caché du temps présent : la nouvelle religion spectaculaire et festive, diffuse, fluide et totalisante, avec ses prêtres et ses dévots de la médiasphère et du show-business (…) de nouvelles hiérarchies sociales, des tabous d’un genre nouveau, un conformisme inédit, tout un système dans lequel les troubadours jouent désormais les premiers rôles(d’anesthésistes). Car ainsi que le note Jean-claude Michéa, « il serait temps de reconnaître enfin que de nos jours, c’est le spectacle lui-même qui est devenu « la meilleure des polices » »

19:55 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

06/07/2011

Guy Debord, Georges Laffly, Léon Bloy, de belles connexions

Guy DebordLecture d'un numéro d'Archives et Documents Situationnistes (N°3). Si le premier numéro m'avait déçu, j'avais dû y consacrer un petit article sur ce blog, celui-ci regorge de notes, lettres inédites et quelques fois étonnantes ; ainsi ce commentaire de Ricardo Paseyro sur Debord  d'où j'ai extrait les passages les plus passionnants
"Comme Guy le prévoyait, nous avons disséqué l'Establishment, et vérifié nos goûts respectifs : ils coincidaient -et nos éthiques aussi ; nous détestions les arrivistes, les pédants, les avares , les plagiaires...Entre nous, il n'y aura jamais le moindre malentendu.
Autant Guy méprisait les sots et la pacotille, autant son esprit ouvert appréciait les excellents auteurs situés aux antipodes de lui. Quand Georges Laffly  hésita à lui adresser son livre, mes écrivains politiques ,je le transmis à Debord .Il en résulta , le 12mars  1993 une lettre singulière qui étonnera peut- être les sectaires.  En voici des fragments :
<<Cher Ricardo ,
J 'ai lu avec beaucoup d'intérêt le livre de votre ami Georges  Laffly , les catholiques extrémistes  sont les seuls qui me paraissent sympathiques , Léon Bloy notamment. Cest un livre comme on en rencontre très peu : il a un air de parfaite sincérité .>> Il s'explique :<<...Du point de vue de l'auteur  je considère comme cohérent qu' il attribue tant de malheurs à la disparition de  Dieu ; e t je ne dirai certes pas improbable que tout finisse par  quelque abominable "meilleur  des  mondes". Mais enfin nous sommes  embarqués.N'était-il pas dans notre essence d'être imprudents ?">>

Superbe chute , ä laquelle Debord ajoute  une douzaine de lignes relatives à lui_ même ,(...)Ni pessimiste ni optimiste : clairvoyant ,il ressentait le poids à peine supportable de la vie actuelle ,plus chaotique chague matin .Excédé un jour par le bruit et l'inconfort  de Paris,que je voulais fuir,Guy déclara ma plainte vaine, car toutes les métropoles sécrètent maintenant à peu près les mêmes foules hybrides, le même "urbanisme" démentiel, les mêmes moeurs et usages: impossible d'échapper à l'uniformité. (...)"

Retrouvé dans ma bibliothèque ce petit livre de Georges Laffly mais le vrai  "Mes livres politiques". Sur Wikipédia on précise bien que "Ce livre évoque plusieurs auteurs dont Guy Debord qui lut le livre en 1993 et en parle dans une lettre à Ricardo Paseyro (cf. Correspondance, volume 7, Fayard, 2008, page 397)." Dans Rivarol le critique PL Moudenc avait même rendu compte des Mémoires politiques et littéraires, de Ricardo Paseyro . Je vous recommande ce savoureux livre de Laffly d'une grande liberté intellectuelle.


Robert Steuckers, n'en déplaise à Christophe Bourseiller, a bien raison :  on ne peut enfermer Debord dans"le cadre restreint et désuet  d'un gauchisme pieux et bon teint." .
Dans un texte intiulé "La planète malade" qui est aussi le titre d'un de ces livres, Guy Debord avait très bien analysé le thème de la pollution et de sa représentation. Ce texte commence ainsi :


"La <<pollution >> est aujourd'hui a la mode, exactement de la même maniere que la révolution : elle s'empare de toute la vie de la société, et elle est representée llusoirement dans le spectacle. Elleest bavardage assommant dans une pléthore d'ecrits et de discours erronés et mystificateurs, et elle prend tout le monde a la gorge dans les faits. Elle s'expose partout en tant qu'idéologie, et elle gagne du terrain en tant que processus reel.
Ces deux mouvements antagonistes, le stade suprême de la production marchande et le projet de sa négation totale, également riches de contradictions en eux-mêmes, grandissent ensemble. Ils sont les deux cotés par lesquels se manifeste un même moment historique longtemps attendu, et souvent prevu sous des figures partielles inadequates : l'impossibilité de la continuation du fonctionnement du capitalisme.
L'époque qui a tous les moyens techniques d'altérer absolument les conditions de vie sur toute la Terre est egalement l'epoque qui, par le meme developpement technique et scientifique separe, dispose de tous les moyens de controle et de prevision mathematiquement indubitable pour mesurer exactement par avance ou ène - et vers quelle date - la croissance automatique des forces productives
alienees de la societe de classes : c'est a dire pour mesurer la dégradation rapide des conditions memes de la survie, au sens le plus géneral et le plus trivial du terme."

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01/07/2011

Grande braderie des livres du Petit Pavé

Samedi dernier passé faire un tour à la Grande braderie des livres du Petit Pavé, une maison d'Edition située à Saint-Jean-des-Mauvrets. Par ces grosses chaleurs, dans ces magnifiques jardins,le lieu était idéal ; la nature, les livres, tout ce que j'aime.
Qui dit braderie, dit livres à petit prix. J'aime fouiller, découvrir des livres. Je passe peut-être plus de temps à rechercher des livres qu'à les lire. Pour 1 euro, je me suis procuré Au goutte à goutte  de Yvon Péan , un recueil de citations, réflexions, notes de lectures en rapport avec le christianisme.
Plus loin, on proposait l'Anjou laïque. Je les ai un peu titillé en affirmant que la religion ne posait plus de problèmes aujourd'hui. Là, ils m'ont plutôt surpris en parlant d'une nouvelle religion qui monte.


Passé  ensuite au stand du Grognard où j'ai acheté un livre  de Stéphane Beau  la semaine des quatres jeudis, un recueil d'aphorismes, dont certains ont  déjà été publiés dans sa revue Le Grognard Photo 056.jpg, une revue orientée vers  les anarchistes individualistes. Acheté par la même occasion un numéro consacré spécialement à Han Ryner. Stéphane Beau m'a offert un autre exemplaire de sa revue en souvenir de quelques e-mails échangés. Voici quelques uns de ces aphorismes empruntés de son livre:

J'ai  une pensée émue pour tous ceux qui,toutes les semaines ,sont obligés d'acheter Télérama pour savoir ce qu'ils  devront  lire,écouter ,regarder et penser ,jusqu'à la semaine suivante .

Si je suis anticonformiste ? Bien sûr ! Comme tout le monde !

C' est sans doute parce qu'aujourd' hui la quantité  prévaut sur la qualité que les oeuvres d'art tendent de plus en plus au gigantisme.Les artistes  espèrent sans doute compenser,par un excès de matière ou d'espace, leur manque d'âme  et de profondeur.l

17:56 Publié dans Angers, Livre, Revue | Lien permanent | Commentaires (3)

28/03/2011

Satan à Paris Jean Genbach

arton15-75eb5.jpgErnest Gengenbach née en 1903 est l’homme d’un seul livre qui à travers différentes formes raconte l’expérience fondatrice : sa rupture avec sa vocation religieuse. Satan à Paris est un des plus beaux textes surréalistes, long poème en prose et en vers libres dont les accents font penser à Une saison en enfer.
Il a publié ses mémoires sous le titre L’expérience démoniaque un autre livre sous le pseudonyme de Jehan Sylvius en collaboration avec Robert Desnos La papesse du diable. Il a publié aussi L'abbé de l'abbaye, poèmes supernaturalistes. (Vu d’ailleurs dans une librairie un bel envoi de l'auteur dans lequel il s'estime être en parfaite adéquation avec cette phrase de Marcel Proust : " Il vaut mieux rêver sa vie que vivre son rêve".)
Après le suicide de René Crevel (1935) il quitte le mouvement surréaliste. Sa vie ne sera plus désormais qu’une déréliction maniaco-dépresive qui le ménera de retraites monastiques à la prison, puis de nouvelles reraites à l’asile. Il meurt le 16 décembre 1979 à Chateauneuf-en-Thymerais.

Ce prêtre défroqué racontera son expérience  dans une lettre qui sera publié en première page de La Revue  Surréaliste (N°5) Evidemment ses premières apparitions en soutane dans les séances du groupe surréaliste ne se font pas sans heurts.

Voici pourtant, en quelques mots, sa vie réelle relaté dans ce livre Satan à Paris

« Il y a plusieurs années j’étais abbé, séminariste en soutane, chez les Jésuites à Paris, dans le voisinage du Trocadéro. Souffrant douloureusement de vivre perpétuellement avec des mâles et des hommes dont l’habit sinistre me faisait toujours penser à des envolées de corbeaux dans les champs déserts en novembre ; souffrant aussi de ne pas avoir une femme toujours présente à côté de moi pour m’animer, je devins anxieux... J’eus l’occasion de faire la connaissance d’une jeune actrice de l’Odéon et fus invité avec elle au restaurant-dancing Romano de la rue Caumartin. Je m’achetai, pour cette soirée, un smoking à la Belle Jardinière... et j’allai en civil, au Romano, chose absolument interdite à tout abbé portant l’habit ecclésiastique. Le lendemain je fus renvoyé... Je vins me reposer chez moi à Plombières et y menai une vie assez mondaine, si bien qu’en pleine saison mon évêque m’interdit de porter la soutane et je dus défroquer.

Je me trouvai ainsi tout désorienté à vingt et un ans, au milieu de l’existence. Je me rendis compte très vite que j’étais perdu, sur le plan logique de la vie terrestre. J’avais trop subi l’empreinte ecclésiastique pour pouvoir m’adapter à un autre milieu.
D’autre part j’avais espéré une aventure amoureuse avec la jeune actrice de l’Odéon. Elle se retira. Je crois qu’elle eût aimé, par sadisme et perversité, devenir ma maîtresse si j’avais continué de porter la soutane, laquelle exerce sur certaines femmes un attrait morbide. Dès que je ne fus plus qu’un banal civil elle m’abandonna. (…)»

La préface de ce livre commence ainsi
"(…)Au xxe siècle, tout est glacial, automatique et sans âme. Et il semble bien que notre situation soit complètement désespérée. Aucune musique, aucune poésie, aucune caresse de femme, aucune légende ou croyance religieuse, rien, même pas le printemps, ni les bas de soie d’une jeune fille, ni la prière suppliante d’un enfant vers un ciel bleu inexorable, rien ne nous paraît assez absolu pour supprimer le cancer de l’angoisse.

Beaucoup ne veulent plus se regarder en face. Il faut se distraire du spectacle, avoir du flegme, vivre sans but et sans espoir. D’autres se contentent de solutions pragmatiques très faciles, certains cherchent instinctivement un abri religieux ; la plupart préfèrent s’illusionner et ne pas voir leur lèpre. Il y en a qui s’évadent de la cage : ils ont eu l’audace de penser jusqu’au bout ou de s’abandonner comme une femme aimante aux mouvements de leur cœur, passionnés et désespérés : ils n’ont pas voulu continuer leur chant de rossignol ou leurs cris de perroquet. (…)"

16:28 Publié dans Livre, religion | Lien permanent | Commentaires (0)

22/11/2010

Jean Parvulesco vient de mourir

Jean Parvulesco vient de mourir. http://www.lepost.fr/article/2010/11/22/2313619_deces-de-...

Sur l'excellent site Mecanopolis Une littérature dans l'ombre

Extrait récent d'une émission de Taddéi

"- Quel est le pays le plus intelligent du monde ?
- Parvulesco : La France.
- Est-ce que vous aimez Brahms ?
- Parvulesco : Comme tout le monde, pas du tout.
- Et Chopin ?
...- Parvulesco : Dégueulasse.
- Patricia : Quelle est votre plus grande ambition dans la vie ?
- Parvulesco : Devenir immortel. Et puis, mourir."
(A bout de souffle, Jean-Luc Godard)

18/10/2010

Manuel de l'antitourisme de Rodolphe Christin

 

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Quelques extraits de ce "Manuel de l'antitourisme", un livre passionnant, très pertinent et aussi une brillante critique de ce modéle économique où tout est voué à la marchandise.

  "Le voyage n'est plus dans  la distance parcourue ; des milliers de kilomètres ne sont plus une garantie d'exotisme. On retrouve ses voisins de palier à Bali. Quel peut bien être, au fond, l'intérêt d'un voyage touristique d'une semaine à l'autre bout du monde ? Un aperçu, un décalage, une vue tronquée ? Cela vaut-il les tonnes de vapeurs de kérosène déversées un peu partout sur le globe ?Les émissions de gaz à effet de serre ? L'oxygène brûlé dans l'atmosphère ? Tout ça pour ça ...

Une semaine de randonnée en pleine nature française, au cours de laquelle on parcourt quelques dizaines de kilomètres à pied, ne peut-elle aussi procurer cette formidable impression de dépaysement tant recherchée ?Et que se passerait-il si tous les habitants du monde pouvaient voyager à leur gré ? (...) 

La mondialisation économiste accompagne depuis le dix-huitième siècle l'expansion du marché et du mode de production industriel, débordant du cadre local vers l'international, sortant progressivement des cadres traditionnels et imposant les siens sur l'ensemble du globe. Karl Polanyi a magistralement montré cette autonomisation progressive de l'économie en tant que sphère à part de l'existence sociale des sociétés occidentales. Extraite de la vie sociale qui jusque-là encadrait par ses usages, cette dimension particulière qu'est l'économie est même parvenue à complètement renverser les rapports qu'elle entretenait avec la société.

Auparavant, la société englobait et contenait l'économie, or voilà désormais l'économie englobant et contenant la société, qu'elle soumet presque intégralement à ses impératifs. Il existe désormais, en effet, de moins en moins de domaines de l'existence sociale qui sont affranchis des logiques et des normes économiques, devenues des critères de socialisation. Et cette économie a envahi le monde, écartant les usages qui lui préexistaient et qui avaient fait la preuve de leur efficacité, sans que cette performance fût pour eux un mobile.

Le touriste n'échappe pas à cette expansion du grand Marché planétaire puisqu'il en est l'un des multiples produits. Dans ce monde, soumis au principe d'utilité et aux règles du productivisme, quelles explorations restent possibles ? Bien sûr, toutes les découvertes restent possibles pour l'individu qui voyage, c'est une question de regard et d'attention. L'interrogation paraît incomplète, alors renforçons-la d'une autre : le désir d'exploration (des autres, des territoires, de soi), avec la part de risque et de remise en cause qu'il suppose, est-il encore une motivation touristique ? Pas sûr. La consommation de la planète à des fins de divertissement a pris le pas sur son exploration. Sa mise en production relègue au dernier plan la gratuité de sa connaissance.

« Aller voir ailleurs s'il y a de l'inconnu derrière la porte », écrit Joël Vernet dans un remarquable livre d'« impressions du Pays dogon ». Eh bien, il est à se demander si cet inconnu est encore l'aimant du touriste, tant le tourisme semble convertir le réel à des logiques réduisant le divers au divertissement, domestiquant l'inconnu pour le rendre serviable, c'est-à-dire pour le convertir en services et serviteurs. Aussi rencontrons-nous de bonnes occasions de nous interroger avec Serge Latouche : « Certes, il y a encore des cases de boue séchée où des indigènes demi-nus qui portent des scarifications sacrifient aux fétiches ; mais pour combien de temps encore ? Ne rêvent-ils pas de remplacer le pisé par des parpaings, la paille du toit par des rôles ondulées,la lampe à pétrole par l'électricité, les fétiches par desappareils électroménagers et des savants ?"

17:40 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (1)