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21/07/2009

Marcel Conche Diversités Journal étrange IV

J’aime lire les journaux intimes des écrivains, j’ai donc feuilleté celui-ci édité dans la collection Encre marine en  grand format avec des pages non coupés, une belle typographie, un bel objet.

Dans son avant-propos, au dos du livre  et sur le site d’Encre Marine , on peut lire ceci :
Ce quatrième tome de mon
Journal est, comme les précédents, « étrange », en ce sens que je n'y relate pas ce qui m'arrive « au jour le jour », mais seulement ce qui me vient à l’esprit de façon imprévue et non préparée – et qui, la plupart du temps, m’entraîne fort loin de mes occupations du jour. Je vais à l’aventure, accueillant tout, dès lors que j’y trouve quelque trait piquant. C’est le vagabondage de mes pensées. Des observations sur des poètes, des écrivains, des Philosophes (d’Épicure à Clément Rosset) voisinent avec des réflexions sur des problèmes de métaphysique, de morale, d’éthique, de politique avec des échanges épistolaires et les lettres mêmes d’amis ou d’amies (Élodie, Julie, Émilie, Marilyne…). – Il y a toutefois une différence entre ce volume et les précédents. La suite des chapitres n’y est pas gouvernée par le seul hasard des pensées. L’on y trouve, en filigrane, une orientation, et c’est une orientation vers Émilie – qui d’ailleurs donnera son titre au tome V : Émilie. Journal étrange V..

 

En feuilletant son journal je m’aperçois que ce philosophe tient des propos que tout intellectuel ou tout homme médiatique doit assener ; ainsi Au nom de l'éducation et de l'instruction, il avoue de l'indulgence pour les régimes non démocratiques qui en font des priorités. Il juge que le capitalisme est un «scandale humain» et «une catastrophe planétaire», il parle  du racisme de «Tintin au Congo» , des communistes auxquels il donna sa voix à l'élection présidentielle au prétexte qu'ils étaient les seuls à demander la régularisation des sans-papiers.

 

L’autre soir lors d’un concert gratuit, très fréquent à Angers , le groupe Zel (sur le plan musical un des meilleurs  groupes angevins) tenait les mêmes propos. Le chanteur a profité de son  pouvoir sur la scène pour demander à ceux qui n’était pas d’accord avec cette société de lever la main. Je sentais l’esbroufe. Evidemment la plupart des spectateurs se sont sentis obligés de lever leur main. Et ainsi ce groupe a pu chanter une ode aux sans papiers . La solution, selon ce groupe, de tous nos problèmes serait de libérer les frontières . Un programme politique bien vide.

 

 

Les Carnets d'un vaincu de Nicolas Gomez Davila

Excellente critique lu sous la plume de Pierre Poucet dans le Ring à propos de Les Carnets d'un vaincu de Nicolas Gomez Davila.

J’ai eu l’occasion de lire ses deux précédents livres traduits en français dont les titres résument très bien sa pensée : Les horreurs de la démocratie et Le Réactionnaire authentique. Il a vraiment l’art de l’aphorisme.

Voici donc un petit extrait de cet article

 

"(...)

« L'idée improvisée brille et s'éteint ». Point à la ligne, aphorisme suivant : « Des catastrophes individuelles et sociales les plus graves, les victimes n'ont bien souvent pas conscience : les individus s'abêtissent et les sociétés s'avilissent inconsciemment ». Point... à la ligne... aphorisme suivant... « En réalité, seul vaut le fruit spontané de méditations oubliées ».... « Je ne comprends pas comment on peut être de gauche au sein du monde moderne où tout le monde est plus ou moins de gauche »...

(...)

Je disais réaction. Parce que c'est aussi indubitable que l'histoire des miettes : Gomez Davila est loin d'être de gauche, pour faire court. C'est un de ces réactionnaires de charme qui flirtent élégamment avec l'antimodernité, qui la connaissent, la pensent et la pratiquent. Tout tient en une phrase : « La racine de la pensée réactionnaire n'est pas sa défiance à l'égard de la raison mais sa défiance à l'égard de la volonté ». Gomez Davila sait de quoi il parle, n'a pas besoin d'une démonstration scientifique. Il assène (« Le terroriste est le petit-fils du libéral », une de mes favorites), frappe (« L'homme moderne n'est mû ni par l'amour, ni par la faim mais par la luxure et la gourmandise »), percute (« Rien ne devient plus rapidement obsolète que ce qui s'avère être le plus audacieusement moderne »). Le tout avec la force de l'arbitraire (« N'est intéressant que ce qui implique une transcendance »)."

 

 

Je n’irai pas plus loin ce sont ses aphorismes qui me semblent plus important ; j’en ai fait une petite sélection d’après ce que j’ai pu en lire de cet article :

 Le moderne croit vivre dans un pluralisme d'opinions tandis qu'il ne règne aujourd'hui qu'une unanimité asphyxiante.

 

 

L'histoire semble se réduire à deux périodes alternatives : soudaine expérience religieuse propageant l'avènement d'un modèle humain nouveau ; lent processus de démantèlement du modèle .

 

Je ne vivrais pas une fraction de seconde si je cessais de sentir la protection de l'existence de Dieu.  

 

 Je ne veux pas d'une sérénité stoïquement conquise mais d'une sérénité chrétiennement reçue.

 Au cours des siècles spirituellement désertiques, seul se rend compte que le siècle est en train de mourir de soif celui qui capte les eaux souterraines

 

 Le vaincu ne doit pas se consoler des possibles représailles de l'histoire, mais de l'excellence nue de sa cause 

 

 Critiquer un présent au nom d'un passé peut se révéler vain, mais l'avoir critiqué au nom d'un futur s'avère bien souvent ridicule lorsque ce futur survient 

 

 

 Le moderne n'a pas de vie intérieure : tout juste des conflits internes

 

La relativité du goût est l'excuse qu'adoptent les époques qui en sont dépourvues 

 

Si nous oublions momentanément la valeur dont il participe, l'objet se parcellise sans fin 

 

La civilisation perdure dans un pays tant qu'il lui reste des traces de coutumes aristocratiques.

 

Les fragments du passé qui survivent font honte au paysage moderne au sein duquel ils s'élèvent.

 

Appelons « rationalisme » l'attitude intellectuelle qui ne considère rationnel que ce qui participe à notre bien-être physique 

  

 

Dans Les horreurs de la démocratie un livre qui m’avait frappé par sa pensée, par ses propos clairs et vraiment non-conformistes,  on pouvait lire ceci Le réactionnaire est l’instigateur de cette insurrection radicale contre la société moderne que la gauche ne cesse de prôner, mais qu’elle élude avec soin dans ses farces révolutionnaires.

L’adhésion au communisme est le rite qui permet à l’intellectuel bourgeois d’exorciser sa mauvaise conscience sa abjurer sa condition de bourgeois.

Pour la défense de la liberté, il suffit d’un soldat ; l’égalité, pour s’imposer, a besoin d’un escadron de policiers.

 

 

18:30 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, aphorismes

07/01/2009

Mishima « Yûkoku, Rites d’amour et de mort »

3346030019894.jpgJ’avais pris connaissance de l’existence de ce film de Mishima grâce à ces quelques lignes parues dans le livre de Jean Perol Tôkyô « Mais un des souvenirs de Mishima qui reste pour moi lié de la manière la plus aiguë à Tokyo est la vision de son film, Yûkoku (Tourment du Pays ou/et Patriotisme) dans lequel Mishima tenait le premier rôle, et que j'ai vu dans une petite salle souterraine, détruite depuis, de Yurakucho, près de Ginza. Ce film m'avait alors paru si beau, si fort, que j'ai marché longtemps dans la nuit, le long des remparts du palais impérial pour cacher, sous l'obscurité des arbres, ces larmes qui s'entêtaient à revenir chaque fois que resurgissaient en moi de si récentes images, quelques-unes des plus insistantes. La nuit entière où j'avançais devenait elle-même cette encre de sang et d'amour, dans laquelle l'héroïne trempait le bas de son kimono pour tracer sur les tatamis, avant de se tuer elle-même, la large, souveraine et mortelle calligraphie de la passion. »

Yûkoku, l’unique réalisation de Mishima, produit en 1966 que l’on croyait disparu est ressorti au Japon grâce à une copie miraculeusement retrouvée en 2005.

Ce film prophétique (Yukio Mishima s'est suicidé en 1970) décrit de façon spectaculaire le seppuku d'un patriote japonais déshonoré, très efficace et minimaliste sur le plan  visuel est d'une pureté esthétique similaire à ces propres oeuvres écrites.

  Ce DVD est enrichi d’un passionnant entretien avec le journaliste français Jean-Claude Courdy malheureusement trop court où il s’exprime en français et en japonais sur l’homosexualité, la mort, le suicide, le mariage, la littérature, l’engagement,  Dali ... quelques extraits :   « Dali n’est jamais  ridicule, il est sublime . (...) Au Japon il faudrait qu’un révolutionnaire agisse sous le signe de la tradition. (...)»

Le livret de 32 pages  qui accompagne ce CD réalisé  par Stéphane Giocanti , auteur d’un passionnant roman Kamikaze d'été constitue un magnifique document sur la vie de cet écrivain et la réalisation de ce film.

J’en conviens : ce film pourra rebuter certains et pourtant il restera inoubliable de  part son intensité de ses scènes d’amour et de son extraordinaire seppuku.

Mishima , Yûkoku, Rites d’amour et de mort, Editions Montparnasse  

19:16 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, japon, mishima

04/12/2008

A gagner : une souscription à vie aux éditions Tatamis

2039.pngChers lecteurs du Grain de Sable,

Comme vous, je découvre jour après jour grâce au Grain de sable les nouveaux livres et les nouvelles controverses politiques, journalistiques et littéraires sur Internet. Donc quand j'ai pensé au meilleur site pour faire découvrir une innovation Internet de la maison d'édition dont je suis le gérant, je n'ai pas hésité un instant et à ma grande joie Fabrice a tout de suite accepté ma proposition dont vous allez pouvoir bénéficier.

C'est suffisamment rare pour être noté, nous avons placé Internet au centre de la stratégie de développement de notre maison d'édition. Nous voulons nous servir d'Internet pour apporter à nos lecteurs un meilleur service, et plus de souplesse.
Nous pensons que l'utilisation, même intensive, d'Internet comme média d'information, n'empêche pas de continuer à s'informer par d'autres moyens, comme le livre qui permet d'aller véritablement au fond de sujets complexes ou très riches.
Nos livres sont uniquement sur papier, mais nous nous servons activement d'Internet pour ce qu'il est, à savoir un formidable canal de distribution et de contact.

Ainsi nous sommes la seule maison en France, et probablement dans le monde, à proposer à nos lecteurs de souscrire à vie à notre maison. Tout en faisant découvrir au plus grand nombre cette offre idéale pour les fêtes de fin d'année, nous voulons faire gagner à l'un(e) d'entre vous aujourd'hui cette souscription à vie d'une valeur de 150 euros.

Le principe de la souscription à vie est simplissime : un seul et unique paiement au début de la souscription, et en échange la réception à vie d'un exemplaire de tous les livres parus et qui paraîtront tant que la maison d'édition et le souscripteur seront vivants.
Nous avons pris le modèle des séances illimitées dans le cinéma, en l'adaptant à l'édition, via une souscription non pas annuelle, mais à vie.

4 livres par an, déjà 10 livres parus (la liste est ici http://www.tatamis.fr/virtuelle.php/id/111213 et que les heureux nouveaux souscripteurs recevront avant Noël, puis la possibilité de recevoir chaque nouveau livre au moment de leur parution, sur simple réponse à la newsletter de la maison, sans aucun frais supplémentaire à la souscription initiale. Seule condition : habiter la France métropolitaine et ne pas en déménager.

Tous les détails sur cette souscription à vie unique en son genre et validée par des conditions générales de ventes en bonne et due forme se trouvent sur la page suivante  http://www.tatamis.fr/virtuelle.php/id/111222  .

Nous comptons déjà près d'une centaine de souscripteurs à vie, certains ayant d'ailleurs dit sur le site de la maison tout le bien qu'ils pensaient
d'une telle innovation.
Et pour gagner une souscription à vie, il vous suffit de laisser un commentaire sur cette page et d'être tiré au sort, alors bonne chance à vous
et bonne lecture !

Jean Robin
Gérant des éditions Tatamis
editions.tatamis@gmail.com
http://www.tatamis.fr

19:47 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : littérature

02/12/2008

Carnets d'un vieil amoureux de Marcel Mathiot

carnets_0.jpgCertains lisent des romans, des polars, de la science-fiction, moi ce que je préfère ce sont les journaux intimes. J’ai éprouvé un réel plaisir à lire ceux de Nabe, Renaud Camus, Bloy, Charles Juliet, Matzneff, Roger Bésus, Louis Calaferte , André Blanchard... Ce dernier commence à être enfin reconnu (J’en avais déjà parlé ici et )  Joseph Vebret dans le  Magazine des livres a  l’air convaincu que cet écrivain a sa place parmi les grands de la littérature. J’apprends aussi sous sa plume qu’il existe une revue entièrement consacrée aux écrits de l’intime :  Les Moments littéraires ;  encore une revue que je vais m’empresser de rechercher.

 

 La sortie des carnets amoureux de Marcel Mathiot ne pouvait donc que m’intéresser, de plus il a vécu dans le Maine et Loire, le département où je demeure depuis plus de 10 ans. Il est mort en 2004, laissant plus de 60 carnets où il écrivit chaque jour depuis ses 16 ans, son journal, que jamais il ne pensa publier, d’ailleurs il soulignait qu’  un journal intime n’est écrit que pour soi. Ces carnets reprennent les quatre dernières années de sa vie à partir du décès de sa femme ;  il n’a plus rien à cacher et peut, écrire ce qu’il veut notamment à propos de ses maîtresses car à  90 ans il a toujours une intense activité sexuelle.

Philippe Delerm a aimé ce livre et note dans la préface de celui-ci  c’est si rare de rencontrer un vieillard qui ne soit pas le moins du monde réactionnaire.  Et pourtant ses propos sur l’école pourront choquer beaucoup de bien pensants. Ancien instituteur, Marcel Mathiot dénonce tout de même cette égalitarisme qui s’insère partout et même à l’école qui entraîne une baisse de niveau scolaire. Ainsi il est effaré par les nouveaux préceptes de l’école et constatait que l’enseignement de certains maîtres, qui alliaient la justice à l’obligation du respect de l’obéissance nécessaire et expliquée donnait d’excellents résultats (...).

Sur l’écriture, même s’il ne se considère pas comme un écrivain il ressent un  besoin d’écrire, c’est un soulagement, une sorte de drogue inoffensive, incompréhensible pour la plupart des gens, ridicule peut-être. 

Curieux ceci : en relisant son agenda de 1929, il constate qu’il lisait   des journaux qui se révélèrent d’extrême droite,Candide, Gringoire, qu’il estimait littéraires .

 

Agnostique, il  regrette la mystique de Noël ;  il reste émerveillé par la beauté des  chef-d’oeuvres artistiques du monde religieux comme  les splendeurs de la musique sacrée, les choeurs des cathédrales.  Un dimanche de méditation à l’ écoute des émissions religieuses , il relève que le pasteur protestant féminin est particulièrement décevant. Il m’arrive fréquemment d’écouter ces émissions le dimanche sur France-Culture ;  je dois constater également que l’émission consacrée à l’orthodoxie est de loin la plus spirituelle et la plus lumineuse.

Quelques notes piquantes à propos du Pèlerin qu’il avait eu l’occasion de feuilleter en 1920 et défendait à l’époque un catholicisme intégriste. L’ayant lu en 2002 il constate un très grand changement : Mai 68 est passé par là ! C’est à peine si l’on y trouve trace de religion.

 

Voilà une lecture pleine d’humour, agréable et pleine d’espoir sur la vieillesse. Un autre regard sur le grand âge et l’amour.

 

Carnets d'un vieil amoureux de Marcel Mathiot. Aux éditions Philippe Rey

18:49 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : littérature

25/11/2008

Journées Gracq : Raphaël Sorin balance sur le monde de l’édition

Gracq5.jpgJ’ai assisté à de passionnants débats lors des premières Journées  Gracq à Saint-Florent-le-Vieil qui  se sont déroulées ce week-end autour du thème de « la cuisine littéraire ». Cuisine littéraire , c’est le cas de le dire lorsqu’a été abordé les prix littéraires. C’est encore pire que ce que je pensais. Tout est magouilles. Ainsi fut évoqué l’attribution du Prix Goncourt à Jean Rouaud contre toute attente suite à des manoeuvres contre Philippe Labro qui aurait dû l'obtenir pour des raisons qui n'étaient pas seulement littéraires.

Tout avait pourtant commencé tranquillement avec les propos insipides de la part du représentant des éditions Gallimard, Jean-Marie Laclavetine, à propos des manuscrits envoyés par la poste. Raphaël Sorin particulièrement brillant et en très grande forme ce dimanche après-midi préférant  la vérité déplaisante, s’est écrié « maintenant passons à la réalité (...)le comité de lecture est un alibi qui permet d'éliminer un manuscrit(...) , on publie un livre  parce que c’est la copine de machin(...) Chez Grasset , on n’a pas publié des manuscrits arrivés par la poste » . Ainsi sur les livres de Daniel Picouly : «  Il y a eu un énorme travail dessus (...)il a fallu un "quasi nègre"(...). Il a pu publier son premier roman grâce à Pennac. »

 

Raphaël Sorin regrettait l’époque où régnait une plus grande liberté dans le monde des lettres ; il  a évoqué comment  Fauvet  a recruté cette plume savoureuse qu’est Gabriel Matzneff pour Le Monde alors que maintenant il est  interdit partout.  (Son dernier livre Gabriel Matzneff Vous avez dit métèque ? est d’une qualité exceptionnelle et personne n’en parle.)

Pierre Assouline afin de s ‘éloigner du problème de la censure  a insinué que tenir ces propos  « C’était mieux avant » était réactionnaire. Assouline a l’air sympathique mais certains  sujets  ne doivent   pas être abordés avec lui. Lors de ce deuxième débat de cet après-midi consacré à la nouvelle critique ce  fut l’occasion de parler de l’Internet et j’ai ainsi pu découvrir le blog littéraire  d’Anne - Sophie Demouchy: La Lettrine. Quelques personnes étaient particulièrement remontés contre l’Internet, mais comme le suggérait Pierre Assouline, il faut y aller voir : « C’est comme dans une poubelle, on y trouve le pire comme le meilleur ». Ce n’est sans doute pas cette remarque qui fera changer l’avis de ces réfractaires à l’Internet !

Tous les participants étaient convaincu que des critiques de qualité peuvent aussi se trouver sur l’Internet. Moi aussi ! Dans  quelques petites revues (plus ou moins confidentielles ) sur papier peuvent  aussi se dénicher de très bonnes critiques qui nous permettent de découvrir de passionnants écrivains.

18:58 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : littérature

18/11/2008

Etranges sabotages SNCF

20081113autonomesinsideok.jpgSuite à l’affaire des sabotages des lignes SNCF on a pu lire dans les médias que les dix auteurs présumés seraient  membres d'un groupe d'ultra-gauche, et que l’un des théoriciens du groupe serait l’un des fondateurs de la revue  Tiqqun sous-titré "Organe conscient du parti Imaginaire "  Il se trouve que je possède les deux numéros de cette excellente revue. A les lire, cette prose serait plutôt proche des situationnistes même si le 2° numéro était beaucoup plus politique (celui-ci était sous-titré "Organe de liaison du parti Imaginaire ")  c'est sans doute cela qui a  étonné les journalistes peu habitués à ce genre de littérature. Thibault ISABEL  créateur du bulletin gratuit de réflexion mensuel Anaximandre (le dernier numéro  est une réflexion sur le statut de l’écriture, de l’érudition et de la pensée dans le monde moderne), me disait dans un de ces e-mails qu’il exprimait publiquement toute sa «  sympathie aux animateurs de la revue Tiqqun et du « Comité invisible ». Quoi qu’ils aient fait, et quelle qu’ait pu être la légitimité ou la pertinence de leurs actions, je tiens à rendre hommage à leur courage, leur intégrité et la rigueur qu’ils manifestent dans la mise en pratique de leurs idées. Le jour où tous les « délinquants » et les « terroristes » de la terre s’exprimeront dans une langue aussi sophistiquée que la leur, et développeront une pensée aussi subtile et élaborée, je suis persuadé que la civilisation humaine aura accompli un grand bond en avant… »

 

Cette revue osait citer Bloy ,Valéry, Jünger, Goethe, Arendt, et tant d’autres qui ont toute mon affection, elle prônait une critique radicale de cette société et percevait que « la distraction sous toutes ses formes deviendrait absolument vitale pour maintenir l’ordre social » Elle s’en prenait à ces pseudos rebelles et ont d’ailleurs «  rendu publique la première critique honnête Bourdivine ».

 

Jean-Yves Camus sur Rue 89 lui avait ressenti « Des textes aux relents d'extrême droite ». Il utilise une méthode très usité pour discréditer un mouvement ou une personne :  l’affubler du terme d’extrême droite.

Il avait repéré dans le passage suivant tiré du «  "L’Insurrection qui vient" un « "retour aux racines", voire "la terre et les morts", thèmes chers à l'écrivain d'extrême droite Maurice Barrès. »

 

Et de qui sont ils, les enfants de cette époque, de la télé ou de leurs parents ? La vérité, c’est que nous avons été arrachés en masse à toute appartenance, que nous ne sommes plus de nulle part, et qu’il résulte de cela, en même temps qu’une inédite disposition au tourisme, une indéniable souffrance. Notre histoire est celle des colonisations, des migrations, des guerres, des exils, de la destruction de tous les enracinements.

C’est l’histoire de tout ce qui a fait de nous des étrangers dans ce monde, des invités dans

notre propre famille. Nous avons été expropriés de notre langue par l’enseignement, de nos chansons par la variété, de nos chairs par la pornographie de masse, de notre ville par la police, de nos amis par le salariat.

 

 

Ce livre commence ainsi :

Sous quelque angle qu’on le prenne, le présent est sans issue. Ce n’est pas la moindre de ses vertus. À ceux qui voudraient absolument espérer, il dérobe tout appui. Ceux qui prétendent détenir des solutions sont démentis dans l’heure. C’est une chose entendue que tout ne peut aller que de mal en pis. « Le futur n’a plus d’avenir » est la sagesse d’une époque qui en est arrivée, sous ses airs d’extrême normalité, au niveau de conscience des premiers punks.

La sphère de la représentation politique se clôt. De gauche à droite, c’est le même néant qui prend des poses de cador ou des airs de vierge, les mêmes têtes de gondole qui échangent leurs discours d’après les dernières trouvailles du service communication. Ceux qui votent encore donnent l’impression de n’avoir plus d’autre intention que de faire sauter les urnes à force de voter en pure protestation.

On commence à deviner que c’est en fait contre le vote lui-même que l’on continue de voter. Rien de ce qui se présente n’est, de loin, à la hauteur de la situation. Dans son silence même, la population semble infiniment plus adulte que tous les pantins qui se chamaillent pour la gouverner. N’importe quel « chibani » de Belleville est plus sage dans ses paroles qu’aucun de nos soi-disant dirigeants dans toutes leurs déclarations. Le couvercle de la marmite sociale se referme à triple cran tandis qu’à l’intérieur la pression ne cesse de monter. Parti d’Argentine, le spectre du Que se vayan todos ! commence à sérieusement hanter les têtes dirigeantes.

(...)L’impasse du présent, partout perceptible, est partout déniée. Jamais tant de psychologues, de sociologues et de littérateurs ne s’y seront employés, chacun dans son jargon spécial où la conclusion est spécialement manquante. Il suffit d’entendre les chants de l’époque, les bluettes de la « nouvelle chanson française » où la petite bourgeoisie dissèque ses états d’âme et les déclarations de guerre de la mafia d’Evry, pour savoir qu’une coexistence cessera bientôt, qu’une décision est proche. 

Ce texte est signé d’un nom de collectif imaginaire. Ses rédacteurs n’en sont pas les auteurs. Ils se sont contentés de mettre un peu d’ordre dans les lieux communs de l’époque, dans ce qui se murmure aux tables des bars, derrière la porte close des chambres à coucher. Ils n’ont fait que fixer les vérités nécessaires, celles dont le refoulement universel remplit les hôpitaux psychiatriques et les regards de peine. Ils se sont faits les scribes de la situation. C’est le privilège des circonstances radicales que la justesse y mène en bonne logique à la révolution. Il suffit de dire ce que l’on a sous les yeux et de ne pas éluder la conclusion.

Continuons avec d’autres extraits

(...) Qu’on ne nous parle plus de « la ville » et de « la campagne», et moins encore de leur antique opposition.

Ce qui s’étend autour de nous n’y ressemble ni de près ni de loin : c’est une nappe urbaine unique, sans forme et sans ordre, une zone désolée, indéfinie et illimitée, un continuum mondial d’hypercentres muséifiés et de parcs naturels, de grands ensembles et d’immenses exploitations agricoles, de zones industrielles et de lotissements, de gîtes ruraux et de bars branchés : la métropole.

Il y a bien eu la ville antique, la ville médiévale ou la ville moderne; il n’y a pas de ville métropolitaine.

La métropole veut la synthèse de tout le territoire. Tout y cohabite, pas tant géographiquement

que par le maillage de ses réseaux.

C’est justement parce qu’elle achève de disparaître que la ville est maintenant fétichisée, comme Histoire. Les manufactures lilloises deviennent des salles de spectacle, le centre bétonné du Havre est patrimoine de l’Unesco. À Pékin, les hutongs qui entourent la Cité interdite sont détruites, et l’on en reconstruit de fausses, un peu plus loin, à l’attention des curieux. À Troyes, on colle des façades à colombage sur des bâtiments en parpaing, un art du pastiche qui n’est pas sans évoquer lesoutiques style victorien de Disneyland Paris. Les centres historiques, longtemps sièges de la sédition, trouvent sagement leur place dans l’organigramme de la métropole. Ils y sont dévolus au tourisme et à la consommation ostentatoire. Ils sont les îlots de la féerie marchande, que l’on maintient par la foire et l’esthétique, par la force aussi. La mièvrerie étouffante des marchés de Noël se paye par toujours plus de vigiles et de patrouilles de municipaux. Le contrôle s’intègre à merveille au paysage de la marchandise, montrant à qui veut bien la voir sa face autoritaire. L’époque est au mélange, mélange de musiquettes, de matraques

télescopiques et de barbe à papa. Ce que ça suppose de surveillance policière, l’enchantement !

Ce goût de l’authentique-entre-guillemet, et du contrôle qui va avec, accompagne la petite bourgeoisie dans sa colonisation des quartiers populaires.

Poussée hors des hypercentres, elle vient chercher là une « vie de quartier » que jamais elle ne trouverait parmi les maisons Phénix. Et en chassant les pauvres, les voitures et les immigrés, en faisant place nette, en extirpant les microbes, elle pulvérise cela même qu’elle était venue chercher.

Sur une affiche municipale, un agent de nettoyage tend la main à un gardien de la paix ; un slogan : «Montauban, ville propre ».

 

(...)L’écologie, c’est la découverte de l’année. Depuis trente ans, qu’on laissait ça aux Verts, qu’on en riait grassement le dimanche, pour prendre l’air concerné le lundi. Et voilà qu’elle nous rattrape.

Qu’elle envahit les ondes comme un tube en été, parce qu’il fait vingt degrés en décembre.

Un quart des espèces de poissons a disparu des océans. Le reste n’en a plus pour longtemps.

Alerte de grippe aviaire: on promet d’abattre au vol les oiseaux migrateurs, par centaines de milliers.

Le taux de mercure dans le lait maternel est de dix fois supérieur au taux autorisé dans celui des vaches. Et ces lèvres qui gonflent quand je croque dans la pomme – elle venait pourtant du marché.

Les gestes les plus simples sont devenus toxiques. On meurt à trente-cinq ans « d’une longue maladie » que l’on gérera comme on a géré tout le reste. Il aurait fallu tirer les conclusions avant qu’elle ne nous mène là, au pavillon B du centre de soins palliatifs.

Il faut l’avouer : toute cette « catastrophe », dont on nous entretient si bruyamment, ne nous touche pas.(...)

 

L’Occident, aujourd’hui, c’est un GI qui fonce sur Falloudja à bord d’un char Abraham M1 en écoutant du hard rock à plein tube. C’est un touriste perdu au milieu des plaines de la Mongolie, moqué de tous et qui serre sa Carte Bleue comme son unique planche de salut. C’est un manager qui ne jure que par le jeu de go. C’est une jeune fille  qui cherche son bonheur parmi les fringues, les mecs et les crèmes hydratantes. C’est un militant suisse des droits de l’homme qui se rend aux quatre coins de la planète, solidaire de toutes les révoltes pourvu qu’elles soient défaites. C’est un Espagnol qui se fout pas mal de la liberté politique depuis qu’on lui a garanti la liberté sexuelle. C’est un amateur d’art qui offre à l’admiration médusée, et comme dernière expression de génie moderne, un siècle d’artistes qui, du surréalisme à l’actionisme viennois, rivalisent du crachat le mieux ajusté à la face de la civilisation. C’est enfin un cybernéticien qui a trouvé dans le bouddhisme une théorie réaliste de la conscience et un physicien des particules qui est allé chercher dans la métaphysique hindouiste l’inspiration de ses dernières trouvailles.

(...)Il n’y a pas de « choc des civilisations ». Ce qu’il y a, c’est une civilisation en état de mort clinique, sur laquelle on déploie tout un appareillage de survie artificielle, et qui répand dans l’atmosphère planétaire une pestilence caractéristique. À ce point, il n’y a pas une seule de ses « valeurs » à quoi elle arrive encore à croire en quelque façon, et toute affirmation lui fait l’effet d’un acte d’impudence, d’une provocation qu’il convient de dépecer, de déconstruire, et de ramener à l’état de doute.

L’impérialisme occidental, aujourd’hui, c’est celui du relativisme, du c’est ton « point de vue », c’est le petit regard en coin ou la protestation blessée contre tout ce qui est assez bête, assez primitif ou assez suffisant pour croire encore à quelque chose, pour affirmer quoi que ce soit. C’est ce dogmatisme du questionnement qui cligne d’un oeil complice dans toute l’intelligentsia universitaire et littéraire. Aucune critique n’est trop radicale parmi les intelligences postmodernistes, tant qu’elle enveloppe un néant de certitude. Le scandale, il y a un siècle, résidait dans toute négation un peu tapageuse, elle réside aujourd’hui dans toute affirmation qui ne tremble pas. (...)

Bien entendu, l’impérialisme du relatif trouve dans n’importe quel dogmatisme vide, dans n’importe quel marxisme-léninisme, n’importe quel salafisme, dans n’importe quel néo-nazisme, un adversaire à sa mesure : quelqu’un qui, comme les Occidentaux, confond affirmation et provocation. (...)

18:16 Publié dans Livre, médias, | Lien permanent | Commentaires (9)